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Appelée à présider cette 12e édition du FGI, Doris Leuthard, a jugé capital de mener un dialogue avec toutes les parties prenantes : les sociétés technologiques, la société civile, les agences onusiennes, les gouvernements et le monde universitaire. 
© SALVATORE DI NOLFI/Keystone

Révolution numérique

A Genève, 2000 experts débattent de l’urgence d’instaurer une gouvernance de l’Internet

Alors que les géants de la technologie Google, Apple ou Facebook occupent un espace toujours plus important dans nos vies, le 12e Forum sur la gouvernance de l’Internet cherche à cristalliser un consensus sur la nécessité de cadrer un cyberespace qui pourrait vite devenir anarchique

«En 2027, nous serons encore confrontés aux mêmes problèmes. Mais ma prédiction, c’est que nous aurons au moins 6 milliards d’humains connectés à l’Internet.» A l’ouverture du 12e Forum de l’ONU sur la gouvernance de l’Internet (FGI) au Palais des Nations à Genève lundi, Vinton Cerf, vice-président chez Google, a donné la perspective des géants de la technologie. Pour ce chief internet evangelist amené à prêcher la bonne nouvelle en termes de normes, inutile d’adopter des lois pour tenter de «changer le comportement humain. Créer des règles ne nous permettra pas nécessairement de créer la société que nous souhaitons.»

La Toile reflète le monde actuel

A l’heure où la planète entière s’interroge sur la gouvernance de l’Internet, le laisser-faire prôné par le représentant de Google ne convainc pas tout le monde. En tout cas pas Anriette Esterhuysen, directrice de l’unité Politique et stratégie globales auprès de l’Association for Progressive Communications. «J’ai une vision plus sombre de ce qui est en train de se passer. Aujourd’hui, l’Internet reflète le monde tel qu’il est, miné par les inégalités, la violence et les disruptions.» Et la Sud-Africaine d’ajouter: «Il est nécessaire de rependre le contrôle [des choses]. Nous ne faisons pas confiance au réseau, ni aux gouvernements seuls, qui, parfois, bloquent l’Internet ou l’utilisent pour viser des citoyens.»

Le débat est posé. A Genève, où quelque 2000 experts de la Toile sont réunis jusqu’à jeudi pour réfléchir à la société numérique de demain, les questions sont manifestement plus nombreuses que les réponses. Appelée à présider cette 12e édition du FGI, la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, a jugé capital de mener un dialogue avec toutes les parties prenantes, à savoir les sociétés technologiques dont l’influence est considérable, la société civile, les agences onusiennes, les gouvernements et le monde universitaire. «Un tel dialogue est essentiel si l’on veut matérialiser une société de l’information à dimension humaine.»

La conseillère fédérale a évoqué le nom de Timothy John Berners-Lee, l’inventeur en 1989 du Web au CERN, pour mieux vanter les mérites de la Genève internationale, dont l’expertise doit servir à faire avancer la réflexion – qui sait? – peut-être en direction d’une Convention de Genève numérique. Le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet a enfoncé le clou, précisant que des centaines de spécialistes travaillaient chaque jour dans la Cité de Calvin au sein d’organisations internationales, d’ONG, d’associations et de fondations pour «rendre l’Internet plus accessible, plus ouvert».

Cohésion sociale

Directeur de l’Office des Nations unies à Genève, Michael Moeller ne l’a pas contredit, soulignant que «Genève est le lieu naturel pour réfléchir à la gouvernance de l’Internet» en raison de son écosystème très varié et de son esprit pionnier. Le Danois a mis en exergue les dangers d’un réseau débridé: «Les sociétés de technologie se sont vu attribuer tellement de pouvoir qu’elles peuvent influencer le résultat d’élections. […] Les algorithmes peuvent être aussi destructeurs» que des bombes.

Il y a, pour lui, un patent manque de confiance dans la Toile qu’il importe de combler si l’on veut «préserver la cohésion sociale». Le secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications, Houlin Zhao, qui se félicite de compter parmi ses membres du secteur privé Google, Facebook et Alibaba, estime qu’il y a encore du chemin à parcourir en termes de connectivité. «Il y a encore 3,9 milliards de gens qui n’ont toujours pas accès à l’Internet.»

«Patrimoine de l’humanité entière»

Le plus inquiet vis-à-vis du développement actuel du Net a indubitablement été le maire de Genève. Dans une allocution tonitruante, Rémy Pagani a fustigé la décision de l’administration américaine de Donald Trump de mettre fin à la neutralité du Net, une manière de livrer le cyberespace au grand capital.

Dénonçant la fracture numérique entre le Nord et le Sud, affirmant que l’Internet est un bien commun, un «patrimoine de l’humanité entière», il a invité l’audience à éviter de tomber dans le piège de croire que «le tout numérique résoudra tout». Pour Rémy Pagani, le numérique ne rendra pas forcément les services publics plus efficaces. «Les villes intelligentes seront celles où les habitants ne seront pas que des utilisateurs, mais aussi des acteurs.»

Commissaire européenne à l’Economie et à la société numériques, la Bulgare Mariya Gabriel a aussi insisté sur le besoin de continuer à développer une pensée critique au sujet du numérique et a lancé un avertissement: «Si nous échouons, tout le monde échouera.»

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