Genève accueille une réunion globale des «laboratoires d’idées»

Gouvernance La Suisse espère attirer davantage d’institutions

Plus de 60 groupes de réflexion parmi les influents du monde sont réunis à Genève jusqu’à samedi. C’est la première fois que la Suisse accueille le Global Think Tanks Summit. Ces institutions sont légion dans les pays anglo-saxons mais beaucoup plus rares en Suisse.

Le laboratoire d’idées helvétique le plus connu est Avenir Suisse, fondation créée en 1999 par les plus grandes entreprises multinationales du pays. Le Foraus, forum de politique étrangère, est lui plus jeune de dix ans. Le groupe fait d’ailleurs partie des organisateurs du sommet genevois, tout comme la Confédération, l’Institut universitaire des hautes études internationales et du développement (IHEID) ou la Fondation pour Genève, qui vise à promouvoir la Genève internationale.

Car la ville veut attirer davantage ces groupes. Depuis le début de l’année, la Suisse met à disposition cinq bureaux dans l’immeuble de l’Organisation mondiale de la météorologie pour accueillir les chercheurs de passage. Des membres du Chatham House, basé à Londres, qui vise à «l’édification d’un monde plus sûr, juste et prospère», en ont déjà bénéficié, de même que des groupes venant de Chine, de Norvège ou d’Afrique du Sud.

«Ce sommet illustre la dimension internationale de Genève comme centre de réflexion sur la gouvernance», explique l’ambassadeur de la Suisse auprès de l’ONU Alexandre Fasel. La ville présente, selon lui, une densité inégalée d’acteurs, qu’ils soient diplomates, activistes ou entrepreneurs privés. «Genève est le centre opérationnel de l’ONU et la réponse aux grands défis globaux passe par la coopération entre tous ces acteurs», plaide l’ambassadeur.

«Avec mes étudiants, nous nous intéressons à ces nouvelles formes de gouvernance. Etre à Genève, c’est comme être dans un laboratoire», avance le professeur à l’IHEID Thomas Biersteker.

Quelle légitimité?

Spécialiste de ces entités, le professeur James McGann, de l’Université de Pennsylvanie, estime qu’il en existe 8000 à travers le monde. Elles ont en commun de vouloir faire en sorte que les autorités politiques ou économiques prennent les décisions les plus informées possibles. Pour le reste, on trouve de tout. Certaines sont indépendantes, d’autres sont de simples extensions des gouvernements. «Elles doivent maintenir un équilibre difficile entre l’influence et l’indépendance», juge James McGann.

«L’exemple des Etats-Unis fait penser que les think tanks ont été captés par les intérêts des multinationales. Mais c’est une mauvaise représentation», continue le professeur. Lors de la session inaugurale, Steven Bennett, le vice-président de la Brookings Institution, l’un des plus importants think tanks dans le monde, a défendu l’indépendance de son institut: «Nous fournissons des conseils tant aux acteurs politiques qu’aux privés ou aux organisations à but non lucratif.» Autre continent, autre réalité: «Les groupes de réflexion africains doivent surtout lutter pour leur survie», pointe Ebrima Sall, secrétaire général du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique.

Après plusieurs rencontres régionales, le sommet genevois doit renforcer la coopération entre les groupes de réflexion, sur des thèmes comme les prochains objectifs de développement, leur financement et leur mise en œuvre.