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Genève, capitale des télécoms

Siège de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Genève accueillait jusqu’en 2011 le salon Telecom World. La ville ne se bat plus pour le récupérer. Et d’autres pays convoitent le siège de l’UIT. Mais son secrétaire général, Hamadoun Touré, se veut rassurant sur l’importance de Genève

Genève, capitale des

Siège de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Genève accueillait jusqu’en 2011 le salon Telecom World. La ville ne se bat plus pour le récupérer. Et d’autres pays convoitent le siège de l’UIT. Mais son secrétaire général, Hamadoun Touré,se veut rassurant sur l’importance de la cité du bout du lac

Genève et les télécoms, c’est un peu une histoire d’amour-haine. D’amour, puisque l’Union internationale des télécommunications (UIT) y est basée depuis 1948, après avoir été hébergée à Berne. Et jusqu’en 2011, Genève accueillait le salon Telecom World à Palexpo. Mais depuis, les relations se sont refroidies. Telecom World est parti à Dubaï en 2012, puis à Bangkok en 2013, puis enfin à Doha cette année. Et deux pays souhaitent récupérer le siège de l’UIT. Son secrétaire général, Hamadoun Touré, un Malien, nous reçoit dans son bureau au dernier étage de sa tour. Il se veut confiant sur les liens entre Genève et son organisation.

Le Temps: Genève pourra-t-elle un jour récupérer l’organisation du salon Telecom World?

Hamadoun Touré: J’espère vraiment que ce salon reviendra ici en 2015, car la ville a de nombreux atouts. Nous allons bientôt lancer un appel d’offres pour l’édition 2015 et j’espère que Genève se portera candidate – ce qui n’avait pas été le cas pour les deux dernières éditions, ce que j’ai regretté.

– Il y avait eu des soucis avec les tarifs pratiqués par certains hôteliers, et le salon a beaucoup changé…

– Oui les entreprises n’ont plus besoin de créer des expositions grandioses, elles effectuent désormais leur marketing sur Internet… Donc il n’est plus nécessaire d’avoir d’immenses stands. Il faut aller plus loin dans le concept et j’ai présenté ma nouvelle stratégie dans ce sens à Guadalajara lors de la conférence PP-10 et cela a été adopté: créer une sorte de Davos des télécoms, avec des échanges d’idées, en rassemblant des décideurs de haut niveau, venant des milieux de l’industrie, avec des ministres et des chefs d’Etat. Les dernières éditions de Telecom World ont été dans ce sens et j’espère que cela va continuer ainsi.

– En chiffres, que représente l’UIT à Genève?

– Nous avons environ un millier d’employés basés ici au siège de Genève et sommes le plus gros pourvoyeur de nuitées dans la ville via nos conférences, avec environ 44 000 nuitées par année. Hors de Suisse, l’UIT emploie environ une centaine de personnes.

– Où en est le projet de rénovation de vos bâtiments?

– Ils avancent bien, je présenterai un projet détaillé lors de notre prochain conseil d’administration en mai. Le but est de conserver notre tour mais de rénover le bâtiment de Varembé, pour un coût de quelque 120 millions de francs. Le plan est très beau, avec un bâtiment en forme de flèche qui sera en contact avec notre tour via un pont.

– Quand pourrez-vous commencer les travaux?

– J’espère avant 2017. Je ne vous cache pas, de manière transparente, que deux Etats membres de l’UIT – je ne peux pas vous dire des noms, mais ce sont des pays influents – ont demandé à ce que nous quittions Genève. Mais je suis confiant, cette ville a des avantages importants et je pense qu’un tiers du personnel n’acceptera pas de partir dans un autre pays…

– Plus globalement, quelles sont aujourd’hui les relations entre l’UIT et Genève?

– Elles sont excellentes. Au niveau de la sécurité de nos employés, il y avait eu des soucis il y a quelques mois en ville, en lien avec des vols, notamment. Mais nous avons discuté avec les autorités, qui nous ont accordé une oreille attentive. La Suisse a toujours été très correcte avec nous, et surtout très hospitalière. La Genève internationale est une réalité.

– Mi-mars, les Etats-Unis ont annoncé leur intention d’exercer moins de contrôle sur l’Icann, l’organisme qui gère les noms de domaines internet au niveau mondial. Peut-on imaginer que l’UIT, et donc Genève, ait un rôle à jouer dans ce dossier?

– Nous estimons que cette décision américaine est la bonne et j’ai publié un communiqué en ce sens. Mais attention: l’UIT veut être un facilitateur dans ce dossier, mais en aucun cas un acteur de premier plan. En d’autres termes, nous n’avons pas l’ambition de gérer Internet au niveau mondial. En revanche, j’estime très sain que le débat sur la gouvernance d’Internet soit relancé par les Etats-Unis.

– Donc la régulation d’Internet n’intéresse pas l’UIT?

– Non. Nous sommes des techniciens, nous sommes là pour que le travail de coordination entre le monde des télécoms et celui d’Internet se passe ailleurs. Nous sommes une agence technique, avec un rôle de facilitateur, ce qui ne nous empêche pas de participer au débat sans aucun complexe. Et nous prenons de manière habituelle nos décisions à l’unanimité, ce qui ne correspondrait sans doute pas au fonctionnement d’un organisme chargé de réguler Internet…

– Et pourtant, lors du sommet de Dubaï fin 2012, plusieurs pays avaient obtenu via un vote controversé que l’UIT puisse, en filigrane, exercer une sorte de contrôle sur Internet…

– Les débats avaient alors été pratiquement hors de contrôle, et le vote n’était pas approprié, mais le document final ne faisait pas expressément référence à Internet, malgré les pressions de certains pays. Il était très important que l’UIT demeure neutre à ce sujet, bien que certains pays qui sont frustrés par la situation actuelle demandent des alternatives.

– Mais ces tensions sont toujours présentes.

– Oui, mais beaucoup de choses se sont passées depuis le sommet de Dubaï. Il y a eu les révélations d’Edward Snowden sur la NSA et tout le monde a bien compris que l’espionnage n’était pas l’apanage des Russes ou des Chinois, qui étaient auparavant souvent sur le banc des accusés. Je pense qu’il y a désormais moins de tension pour savoir qui veut contrôler Internet. Internet utilise les autoroutes de l’information qui sont la propriété des membres de l’UIT. Il est donc important que nous travaillions en coordination.

– Peut-on imaginer que Genève devienne, d’une manière ou d’une autre, un nouveau pôle mondial pour la régulation d’Internet?

– Il est trop tôt pour le dire. Je pense que de très nombreux pays veulent que ce pouvoir ne soit plus centré entre les mains d’un seul Etat, mais réparti au niveau mondial. Cela pourrait se faire dans le cadre d’une organisation liée aux Nations unies, mais pas forcément.

– Pensez-vous que les Etats-Unis sont sincères quand ils affirment vouloir lâcher du lest dans ce dossier?

– Je l’espère. Ils ont affirmé la même chose en 1998, sans que rien ne se passe ensuite… Mais les choses ont beaucoup changé depuis. Il y a sept milliards de téléphones mobiles sur la planète, mais seul un tiers des Terriens ont accès à Internet. Il y a donc eu une très grande avancée au niveau des télécoms, ce qui doit engendrer une meilleure répartition du contrôle d’Internet. Mais il y a encore un formidable potentiel de croissance, qui doit être discuté de manière multilatérale.

– Votre mandat s’achève fin 2014. Qu’allez-vous faire ensuite?

– J’ai de très nombreuses idées, mais je ne peux rien vous dire!

«Je ne vous cache pas que deux Etats membres de l’UIT – des pays influents – ont demandé à ce que nous quittions Genève»

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