Homme clef des pourparlers de Genève sur la stabilité et la sécurité dans le Caucase, le représentant spécial de l'Union européenne pour la Géorgie Pierre Morel sait que la partie sera serrée.

Réunis mardi soir à dîner autour du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le haut représentant de l'UE, Javier Solana, la commissaire européenne, Benita Ferrero-Waldner, et le ministre finlandais Alexander Stubb (président en exercice de l'OSCE) ont de nouveau constaté l'étendue de la fracture engendrée par l'intervention militaire russe en Géorgie. Ce matin, les Etats-Unis, la Russie et la Géorgie rejoindront la table pour des discussions à huis clos: «Cela me rappelle les réunions sur l'ex-Yougoslavie, au début des années1990», confie un diplomate. En craignant un nouveau dialogue de sourds.

Sourde bataille

Le destin de ces pourparlers tient à un fil. Leur tenue a été arrachée à Moscou, le 8 septembre, par Nicolas Sarkozy. La surprise, alors, est générale. La Suisse n'a même pas été prévenue. Représentante désormais des intérêts russes en Géorgie, elle pourrait toutefois jouer d'intermédiaire.

Car Moscou joue sur les mots. Signataire du cessez-le-feu du 12 août, et à ce titre engagé par ses promesses de retrait sur ses positions antérieures aux hostilités, le président russe Dmitri Medvedev a reconnu unilatéralement l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Ce qui revient à sceller leur statut, et la présence permanente de troupes russes dont les Etats-Unis ont promis d'évoquer le nombre: «Pour les Russes, l'intégrité territoriale de la Géorgie ne concerne plus les deux républiques séparatistes, confiait hier soir un collaborateur de Bernard Kouchner. Le cessez-le-feu en six points n'a en somme plus lieu d'être. Ils se sont comme prévu retiré des zones adjacentes au 10octobre. Point final.»

La Géorgie, en revanche, a pour elle le soutien de la communauté internationale. «Personne, à part la Russie, ne reconnaît la partition», confie au Temps Giorgi Bokeria, négociateur en chef de Tbilissi. Tout l'art des discussions de Genève, qui devraient s'étaler sur plusieurs mois, en de nombreuses sessions, va donc consister à dénicher le plus petit commun dénominateur.

L'UE compte réclamer l'accès pour ses observateurs. L'ONU, présente en Abkhazie, voudrait adjoindre aux forces russes des troupes internationales. L'OSCE compte demander le retour en Ossétie du Sud de ses observateurs boutés hors du territoire pendant le conflit. Les deux questions les plus compliquées seront celles du district d'Akhalgori, rattaché désormais à l'Ossétie du Sud par les Russes alors qu'il était sous administration géorgienne avant les hostilités. Et celle du rapatriement des réfugiés.

S'y ajoute une question encore plus sensible: comment discuter de ces sujets sans les représentants abkhazes et sud-ossètes déjà présents à Genève? Hier soir, Bernard Kouchner a jonglé avec l'idée de différencier les sessions plénières des «groupes de travail ouvert à tous. Mais plus tôt à Bruxelles, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili avait traité les «séparatistes» de «criminels de guerre».