diplomatie

A Genève, conclusion d’un accord historique sur le nucléaire iranien

Un accord intérimaire a finalement été trouvé à Genève cette nuit, qui rendra le monde plus sûr selon les Américains, qui signe la plus grande victoire du pays selon l’Iran, et dont Israel a déjà dit qu’il ne le liait pas. Jamais un accord n’était allé aussi loin après 34 ans de rupture diplomatique

Il est passé deux heures du matin dimanche et les négociations sur le nucléaire iranien rentrent dans leur cinquième jour. La rumeur de la conclusion d’un accord se répand comme une traînée de poudre dans le lobby de l’hôtel Intercontinental où sont installés les journalistes. Le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius est le premier à sortir de la salle des discussions au premier étage de l’hôtel cinq étoiles. Le pouce levé, il confirme l’accord historique.

Le règlement consiste en «un plan d’action commun» portant sur une durée de six mois. Il s’agit d’un premier pas devant mener à un accord final censé lever tout doute sur la nature pacifique du programme nucléaire iranien.

«Les deux parties doivent prendre des mesures réciproques. La mise en œuvre sera conjointement surveillée, en étroite collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA)», a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui a présidé les discussions, lors d’une brève cérémonie de clôture organisée à quatre heures du matin au Palais des Nations. Elle était entourée par le ministre des affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif et les ministres des six (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine et Allemagne), accourus à Genève entre vendredi et samedi pour mettre tout leur poids dans la balance.

Il aura donc fallu trois rounds de négociations, dont le dernier aura duré quatre jours et une interminable nuit, pour parvenir à un premier accord après des années de méfiance. Le dossier nucléaire empoisonne les relations de l’Iran avec la communauté internationale depuis 2002, date à laquelle l’ampleur du programme nucléaire de Téhéran était révélé. Les détails de l’accord ne sont pas encore connus. Mais, à peine la négociation terminée, chacun s’est appliqué à convaincre qu’il en avait obtenu le maximum.

«Il est clair que le droit à l’enrichissement fait partie de cet accord et qu’il devra faire partie de tout règlement futur», a insisté le ministre des Affaires étrangères Mohammad Zarif, le premier à se présenter devant les médias. Ces derniers jours, la délégation iranienne n’avait cessé de répéter que la reconnaissance du droit à l’enrichissement constituait une ligne rouge non-négociable. Les discussions ont longtemps achoppé sur ce point.

L’analyse du secrétaire d’Etat John Kerry, qui a longuement parlé après le ministre iranien, était toute autre. «Quelles que soient les interprétations, ce premier accord ne reconnaît pas de droit à l’enrichissement à l’Iran», a-t-il martelé. Au contraire, l’accord de Genève doit permettre de «faire reculer» le programme nucléaire iranien. Et de détailler les mesures sur lesquelles les négociateurs sont tombés d’accord: la suspension de l’enrichissement à plus de 5% ainsi que la conversion du stock d’uranium à 20%, très proche d’un uranium de qualité militaire pouvant fournir matière à une bombe atomique. Les inspections seront aussi renforcées.

Du côté français, Laurent Fabius a salué «une première étape majeure avec un mécanisme de contrôle étroit». «La France a joué tout son rôle dans cette négociation», a-t-il rappelé, en référence aux réticences françaises sur un premier projet d’accord il y a deux semaines.

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