Le 11 mars 2020, l’OMS décrétait l’état de «pandémie». Le 13, le Conseil fédéral prenait une décision historique en décrétant la fermeture des écoles et une sévère limitation des restaurants et des manifestation. Nous consacrons une série d’articles à cette année unique.

Une cinquantaine d’ONG dans le domaine de la santé, une vingtaine d’organisations internationales qui gravitent autour de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 3891 fonctionnaires internationaux spécialisés santé (chiffre 2019), 987 réunions internationales sur la santé ou la santé globale (chiffre 2018): Genève a de quoi être considérée comme la capitale mondiale de la santé publique. A-t-elle pour autant tenu son rang face à la pandémie de Covid-19? A-t-elle été la tour de contrôle dont la planète avait besoin pour gérer la crise sanitaire la plus mortelle depuis la grippe espagnole de 1918?

La question, courageuse, est posée par la Fondation pour Genève, dont la mission est précisément de promouvoir la Genève internationale, présidée par le banquier Marc Pictet, comptant dans ses rangs d’éminentes personnalités et d’anciens responsables politiques. La réponse, négative, est apportée par la journaliste Annick Chevillot, qui a préparé le rapport «Covid-19: que fait la Genève internationale?» à côté de ses fonctions de responsable du Flux Santé de Heidi.news que dirige l’auteur de ces lignes.

Une OMS en pleine réforme avant le boom

Que s’est-il passé? Une tempête parfaite, un ouragan mêlant l’impréparation et le manque de moyens de l’OMS, qui se trouvait en plein processus de réforme après ses ratés lors de l’épidémie d’Ebola, au moment où culminait la lutte acharnée de l’administration Trump contre toute forme de multilatéralisme, l’OMS en particulier, alors que la Chine multipliait les efforts de dissimulation, du moins durant les premières semaines de l’épidémie.

«Avant d’être au chevet du monde, l’OMS a entamé 2020 en étant à son propre chevet», écrit Annick Chevillot. L’organisation onusienne n’est de loin pas le seul acteur international dans le domaine de la santé à Genève, mais c’est celui autour duquel gravitent les autres, notamment le GAVI, l’Alliance du vaccin, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Unitaid, l’organisation d’achat de médicaments. Or l’OMS a eu de la peine à jouer son rôle de chef d’orchestre avec un budget à peine supérieur à celui des Hôpitaux universitaires de Genève (2,2 milliards de dollars en 2018 contre 1,9), un budget marqué par les financements verticaux, c’est-à-dire alloués à des missions précises que peuvent venir contredire les urgences du moment, et sans cesse remis en question par les Etats.

Le poids considérable pris par la Fondation Bill et Melinda Gates

Ces difficultés du navire amiral mettent en lumière les financements privés du pôle santé de la Genève internationale, et notamment le poids considérable pris par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Pour autant, Genève et l’OMS ont aussi accouché d’un certain nombre de succès durant cette crise. A commencer par l’Accélérateur ACT, projet de collaboration mondiale basé sur les quatre axes que sont le diagnostic, le traitement, le vaccin et la connexion des systèmes de santé. L’OMS a aussi piloté l’essai clinique international Solidarity, qui a permis d’évaluer l’efficacité de traitements déjà existants contre le Covid-19. Enfin, il faut noter une récolte de fonds hors du commun, menée par la Fondation Swiss Philanthropy, qui a permis de lever 241 millions de dollars pour l’OMS (au 25 janvier 2021).