Immobilier

Genève internationale: la fin des loyers à bas prix pour les ONG?

Les ONG, logées à bas prix à Genève, feront-elles les frais de la crise qui secoue la Fipoi, la fondation des immeubles pour les organisations internationales?

En pleine tempête, la Fondation des immeubles pour les organisations internationales (Fipoi) s’apprête à assumer de nouvelles responsabilités, a appris Le Temps. Elle va en effet reprendre les activités d’une autre entité qui fournit des locaux aux ONG à des loyers bon marché. Une rareté à Genève.

L’absorption de la Fondation pour Genève centre international (FGCI), qui doit encore être avalisée par le Grand Conseil genevois, serait une formalité sans le scandale qui secoue la Fipoi. La mauvaise gestion de l’institution a coûté son poste au directeur. Lequel partira en retraite anticipée une fois un successeur trouvé. Son adjoint quittera également ses fonctions.

Rien de tel à la vénérable FGCI. Cette institution est née en 1953 grâce à un don d’un million de francs du canton de Genève. Avec cet argent et la mise à disposition d’un terrain, la fondation a fait construire un premier immeuble à Varembé, à deux pas de la place des Nations, le cœur de la Genève internationale. Le but était alors d’y loger des organisations à «but charitable» forcément désargentées.

La fondation est aujourd’hui propriétaire de quatre immeubles et d’un parking, le tout pour la coquette somme de 48 millions de francs. Ces biens sont gérés par une régie privée genevoise sous l’œil d’un Conseil de fondation, composé de représentants du canton, de partis politiques et d’architectes. Pendant toutes ces années, la FGCI a tranquillement accumulé 21 millions de réserves financières.

Cadeau du ciel

La fondation disait enfin avoir trouvé un nouveau projet pour investir cet argent. Un centre pour les ONG, notamment pour le siège de Médecins sans frontières à l’étroit dans ses bureaux de la rue de Lausanne. Le site devait être implanté au Grand-Saconnex. Mais les autorités genevoises avaient d’autres idées en tête. «Dès 2013, j’ai informé le Conseil de fondation que la FGCI allait être dissoute et intégrerait la Fipoi», explique François Longchamp, le président du Conseil d’Etat.

«Les actifs de la FGCI appartiennent à l’Etat de Genève. Nous en aurons bien besoin pour les rénovations des sièges des organisations internationales», poursuit François Longchamp. Les travaux nécessaires au Palais des Nations, à l’Organisation mondiale de la santé, à l’Organisation internationale du travail (OIT) et à l’Union internationale des télécommunications (UIT) sont estimés à 2 milliards de francs. La Confédération est prête à financer une bonne partie des travaux sous forme de prêt sans intérêt.

Le canton s’est aussi engagé à assumer sa part. Vu la situation délicate de ses finances, les millions d’une fondation, dont personne ne connaissait l’existence, étaient un cadeau du ciel. Au départ, la FGCI n’est pas opposée à l’idée de passer la main. Puis elle s’est braquée. «La fusion-absorption» a été rejetée par une majorité du Conseil de fondation.

«Nous avons été mis devant le fait accompli. Nous avions réclamé des garanties pour que les ONG puissent continuer de bénéficier de loyers à bas prix et que le même nombre de bureaux leur soit alloué», regrette Olga Baranova, membre du Conseil de fondation et conseillère municipale en Ville de Genève.

«La Fipoi fournit déjà des locaux à des ONG et ses statuts seront adaptés pour intégrer le but de la FGCI, répond François Longchamp, citant le projet de loi qui sera soumis au Grand Conseil. Ce n’est pas comme si nous vendions ces quatre immeubles à un fonds d’investissement américain.» Le conseiller d’Etat assure aussi que «le projet de campus des ONG sera repris par la Fipoi en partenariat avec MSF».

Défaut d’information?

«La Fipoi nous a été présentée comme une organisation professionnelle, mais on nous a caché sa situation réelle», continue Olga Baranova. Comme il s’agit d’une fondation de droit public, la FGCI est tenue de soumettre ses mandats à concurrence. Au contraire de la Fipoi, relevant du droit privé, qui ne le faisait pas systématiquement, nourrissant les soupçons de favoritisme. Ces errements avaient poussé le contrôle des finances à Berne à saisir la Cour des comptes genevoise pour enquêter sur la Fipoi.

François Longchamp estime que la situation effective de la Fipoi ne présente aucun risque pour la FGCI. Le rapport d’audit de la Cour des comptes n’est toujours pas accessible dans son intégralité. François Longchamp s’en est expliqué devant une commission du Grand conseil lundi, renvoyant la responsabilité de cette mesure exceptionnelle à la Confédération. Il sera aussi auditionné par la Commission de gestion en février.

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