«Comment réagissiez-vous quand vous appreniez qu'un de vos amis était torturé ou mort? On lui réservait un traitement de héros ou de martyr et on le faisait savoir, ça nous ramenait dix fois plus de volontaires.» Septembre 2002: Yacef Saadi, ancien responsable de l'organisation militaire du FLN à Alger entre 1956 et 1957, répond aux questions de la chaîne américaine CNN. Motif? Le vif intérêt que portent, à la veille du déclenchement de la guerre contre l'Irak, les généraux du Pentagone à La bataille d'Alger, le film qu'il produisit en 1966. Sa réponse, alors, pourrait servir de sous-titre à la série de manifestations qui se tiennent ces jours-ci à Genève sur le thème «L'espoir algérien en Suisse». «Les analogies sont nombreuses entre le conflit algérien et le conflit irakien», confirme le réalisateur André Gazut, à l'origine du projet. «A l'époque déjà, les militaires français engagés contre les insurgés avaient le sentiment de mener une troisième guerre mondiale et de défendre l'Occident attaqué. Regardez les discours des Américains aujourd'hui contre le terrorisme. Les mêmes mots reviennent.»

Ouvert mercredi au Théâtre Saint-Gervais de Genève (022 908 20 00) par une table ronde consacrée aux «Mémoires des accords d'Evian», avec l'historien Mohammed Arbi, «L'espoir algérien en Suisse» se propose de donner la parole aux acteurs de l'époque et d'en examiner, par des documentaires actuels, la portée historique. L'un des moments forts devrait être, vendredi 12 novembre, la présentation du film de la journaliste Marie-Monique Robin intitulé Escadrons de la mort, l'école française. La formation, par des officiers tortionnaires français, de militaires américains et latino-américains dans les années 70 et 80, démontre la filiation entre la lutte contre la décolonisation et la répression dictatoriale. Aucune séance n'aborde directement la question du terrorisme islamique et du Moyen-Orient, mais le sujet plane d'évidence au-dessus de la manifestation: «Il y a eu l'Algérie, puis le Vietnam. Et maintenant l'Irak», souligne André Gazut.