Alors que la situation en Haïti demeure confuse et que certaines voix dénoncent le risque d’une «mainmise» américaine sur les opérations d’aide, il faut se tourner vers Genève pour y voir plus clair. «Genève est au cœur de la réponse opérationnelle», explique Elisabeth Byrs, porte-parole de l’OCHA, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires. Dans les heures qui ont suivi le tremblement de terre, une quinzaine de ses experts, médecins ou vulcanologues, alertés par SMS, sont partis pour Port-au-Prince avec pour simple équipement un sac de couchage, une tente et un téléphone satellitaire, alors que cinq autres prenaient le chemin de Saint-Domingue. Ce sont eux qui ont créé sur le terrain les premières cellules de coordination de l’aide dont la plus importante est située à l’aéroport de Port-au-Prince.

Au Palais des Nations, à Genève, les bureaux de l’OCHA accueillent environs 300 personnes. Depuis une semaine c’est une course contre la montre où l’on travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L’OCHA coordonne l’intervention des différentes agences onusiennes (PAM, Unicef, OMS, OIM), de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, du CICR, ainsi que deux consortiums d’une vingtaine d’ONG parmi les plus importantes. A leur pic, les équipes de sauvetage et de recherche étaient au nombre de 52, totalisant 1820 sauveteurs et 175 chiens. Mardi, 90 personnes avaient pu être sauvées.

«Directives d’Oslo»

L’ONU intervient à la demande du gouvernement haïtien. Décapité dans un premier temps, celui-ci reprend peu à peu ses prérogatives, indique-t-on à Genève. L’intervention humanitaire et militaire américaine s’inscrit dans ce cadre. Elisabeth Byrs balaye les critiques françaises et de certaines ONG sur la gestion américaine de l’aéroport. «Nous travaillons en étroite collaboration. Ils sont les plus proches d’Haïti. Nous avons besoin de leur logistique.» La porte-parole compare cette collaboration à celle qui s’était mise en place lors du tsunami de décembre 2004.

Concrètement, sur le terrain, des officiers de liaison «militaire-civil», à Port-au-Prince et à Saint-Domingue, s’assurent de la répartition des tâches selon les «directives d’Oslo, très strictes» pour éviter de «brouiller l’image des humanitaires». Sur le plan de la sécurité, la police nationale haïtienne a remis sur pied une quarantaine de patrouilles. La Mission de l’ONU pour la stabilisation en Haïti (Minustah), également très touchée, a 3400 soldats opérationnels qui devraient être renforcés par 2000 militaires et 1500 policiers. Avec 10 000 hommes en train d’être déployés, les Etats-Unis sont désormais la principale force de stabilisation du pays. Mardi ses parachutistes prenaient position dans les points stratégiques dont les abords du palais présidentiel.

Ce ne devrait pas être de trop: hier, le CICR invoquait une «atmosphère tendue» l’obligeant à interrompre son aide non humanitaire. La Minustah estime toutefois que la sécurité est «stable», les zones de violence demeurant limitées à quelques quartiers.