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L’ambassadeur Gennady Gatilov derrière «son» ministre des Affaires étrangères Sergeï Lavrov, le 28 février à Genève.
© Denis Balibouse/REUTERS

Géopolitique

Gennady Gatilov, ambassadeur de Russie: «L’intervention russe en Syrie est légitime»

Le nouvel ambassadeur de Russie à Genève défend l’intervention de son pays aux côtés de Damas. Il accuse différents pays occidentaux d’utiliser le Conseil des droits de l’homme pour s’immiscer dans les affaires intérieures de certains Etats

A l’heure où le conflit syrien continue de faire des ravages, notamment dans la Ghouta orientale, près de Damas, Le Temps a rencontré le nouvel ambassadeur de la Fédération de Russie auprès des Nations unies à Genève.

Lire aussi: En Syrie, une guerre presque mondiale

Le Temps: Alors que les combats font toujours rage dans la Ghouta orientale malgré le cessez-le-feu imposé par le Conseil de sécurité, le Conseil des droits de l’homme (CDH) à Genève vient d’adopter une résolution condamnant le régime syrien.

Gennady Gatilov: Récemment, nous avons soutenu la résolution du Conseil de sécurité à New York pour garantir un accès humanitaire à la Ghouta orientale et pour évacuer les blessés. Mais cela ne devait pas nous empêcher de continuer à combattre les terroristes. Il y a quelques jours, nous avons déclaré une trêve humanitaire de 5 heures. Or si le cessez-le-feu n’a pas lieu, c’est parce que les terroristes continuent d’empêcher l’évacuation des victimes et de bombarder les corridors humanitaires. Nous avons des informations du terrain sur la réalité des bombardements par le biais du Centre russe de réconciliation. Nous avons des preuves qui montrent que les terroristes dans la Ghouta orientale veulent saper la résolution du Conseil de sécurité.

Nous avons réussi à amener pour la première fois à la table de négociations des groupes de l’opposition syrienne qui ont un vrai lien avec la Syrie

La résolution du Conseil des droits de l’homme est pourtant catégorique. Elle exhorte Damas à arrêter les hostilités.

Les Britanniques, avec le soutien des Etats-Unis, ont voulu présenter vendredi dernier une résolution sur la Ghouta orientale. Elle n’aurait pas pu être moins opportune. Elle est aussi politisée et unilatérale. Elle accuse simplement le gouvernement syrien. Elle ne tient pas compte des terroristes qui continuent de violer le cessez-le-feu. Nous avons présenté des amendements. Mais aucun n’a été retenu. Au final, 29 membres du CDH ont approuvé cette résolution, 14 se sont abstenus et 4 l’ont refusée. Ce n’est pas un grand soutien.

Vous n’avez pas été élu au CDH en 2017. Comment avez-vous vécu l’adoption de cette résolution lundi matin?

Nous n’aimons pas la tendance qu’a le Conseil des droits de l’homme à politiser de façon croissante son travail. A sa création, nous avons estimé qu’il était là pour aider les pays à améliorer leurs mécanismes des droits de l’homme. Mais malheureusement, certains pays occidentaux l’utilisent pour s’immiscer dans les affaires intérieures d’Etats qu’ils n’aiment pas. Ils déposent par exemple des résolutions pays dans un but: faire en sorte qu’une fois adoptées, ces résolutions soient présentées au Conseil de sécurité à New York afin qu’il prenne des sanctions et décrète l’usage de la force en vertu du Chapitre VII de la Charte de l’ONU.

La Russie a la légitimité d’être en Syrie. Elle a été invitée à y venir par Damas

Aujourd’hui, le processus de Genève pour résoudre le conflit syrien ne mène nulle part. Le processus d’Astana et les discussions de Sotchi n’ont-ils pas vidé le processus de Genève de sa substance?

En aucun cas. Astana est censé soutenir Genève. Et nous avons obtenu un premier résultat. Nous avons réussi à amener pour la première fois à la table de négociations des groupes de l’opposition syrienne qui ont un vrai lien avec la Syrie. Avant, il y avait d’un côté le gouvernement syrien, de l’autre une opposition constituée avant tout de Syriens vivant à l’étranger, dans des pays européens. A Astana, nous avons aussi pu décider de créer des zones de désescalade qui fonctionnent. La sécurité s’est améliorée. Et puis ce mardi, nous présentons à l’envoyé spécial de l’ONU Staffan de Mistura une liste concoctée par l’Iran, la Turquie et la Russie pour composer une commission consacrée au dossier constitutionnel des négociations. Nous espérons que M. de Mistura l’acceptera.

Damas est accusé d’utiliser des armes chimiques dans la Ghouta.

Pour nous, les enquêtes sur l’utilisation par le gouvernement syrien d’armes chimiques n’ont pas été faites de manière sérieuse. Les enquêteurs n’étaient pas sur le terrain pour nous présenter des preuves. Les informations à ce sujet reposent sur les soi-disant Casques blancs et des médias. Selon nos informations, c’est l’opposition qui a utilisé des armes chimiques, le chlore. A cet égard, il est intéressant de voir que le président français Emmanuel Macron a admis que du chlore a été utilisé, mais qu’il n’a pas décidé d’utiliser la force comme promis. Le chlore n’entre pas dans les substances prohibées par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.

Il n’y a pas de troupes régulières russes en Syrie. Mais nous ne pouvons pas empêcher des privés d’aller aider le gouvernement syrien à combattre des terroristes

Récemment, des bombardements de la coalition menée par les Etats-Unis ont tué des Russes. Un danger de guerre avec Washington?

La Russie a la légitimité d’être en Syrie. Elle a été invitée à y venir par Damas. La coalition en question n’a pas cette légitimité. Nous avons toujours des discussions pour éviter les dérapages. Les militaires russes et américains se parlent chaque jour pour éviter ces risques. Les victimes dont vous parlez étaient des citoyens russes ou de l’espace de la Communauté des Etats indépendants (ex-URSS). Il n’y a pas de troupes régulières russes en Syrie. Mais nous ne pouvons pas empêcher des privés d’aller aider le gouvernement syrien à combattre des terroristes.

Votre ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov est intervenu la semaine dernière à la Conférence du désarmement qui est bloquée depuis 1996…

C’était le propos de M. Lavrov de relancer les travaux de la Conférence. Nous avons espoir qu’elle va concrètement reprendre des négociations.

Etes-vous favorable à une Convention de Genève digitale?

Nous participons à des négociations sur la gouvernance d’Internet notamment avec la Chine. L’Internet est utilisé de plus en plus par certains Etats à des buts qui vont au-delà de la politique. Certains pensent qu’il faut préserver à tout prix la liberté d’expression. Nous disons que face au terrorisme et aux armes de destruction massive, il faut réglementer l’utilisation d’Internet.

Lire également: Sourdes à la trêve, les forces du régime syrien progressent dans la Ghouta

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