Un aveugle entouré de sourds: c'est ainsi que Paul O'Neill, ministre des Finances de George Bush de 2001 à 2002, décrit le président et son cabinet. Dans les entretiens destinés à lancer Le Prix de la loyauté, un livre publié ce mardi dont il est le personnage central, l'ex-ministre explique aussi que le gouvernement Bush était déterminé à renverser Saddam Hussein bien avant les attentats du 11 septembre. Et il ajoute que, pendant les vingt-trois mois durant lesquels il a assisté aux réunions du Conseil national de sécurité, il n'a pas vu «quoi que ce soit que je décrirais comme une preuve de l'existence d'armes de destruction massive».

A la Maison-Blanche, la réaction est brève: officiellement, le porte-parole indique que «nous ne faisons pas la critique littéraire»; officieusement, un haut responsable anonyme précise qu'«on ne l'écoutait pas quand il était ici, pourquoi l'écouterait-on maintenant?». D'autre part, le document présenté par Paul O'Neill sur CBS comme une évaluation des intérêts étrangers pour le pétrole irakien émanant du Pentagone en mars 2001 serait en fait un extrait de l'inventaire des ressources mondiales établi par le groupe de travail sur l'énergie dirigé par le vice-président Dick Cheney.

Soumis à sa «garde prétorienne»

Sur le fond, les révélations de Paul O'Neill n'en sont pas. Le renversement du régime de Saddam Hussein était la politique officielle des Etats-Unis depuis que Bill Clinton avait signé la loi votée par le Congrès conservateur. D'autres ouvrages ont déjà documenté la priorité accordée d'emblée à ce dossier par l'administration républicaine. En revanche, Paul O'Neill ajoute au tableau la détermination féroce de George Bush: «Le ton était: trouvez-moi un moyen de le faire», raconte-t-il. Le ministre souligne aussi les réserves émises par les experts de la CIA dans leurs rapports sur les armes de destruction massive et confirme ce que le monde a pu observer à la tribune de l'ONU: au nom du principe de précaution, l'administration a donné à des informations lacunaires l'interprétation la plus catastrophiste.

Le plus dévastateur dans ce récit est sans doute le portrait d'un président soumis à l'influence de sa «garde prétorienne», guidé par les considérations politiciennes, sous la houlette de Dick Cheney et du conseiller Karl Rove, et qui aurait choisi trois «non idéologues» (Paul O'Neill, Christie Todd-Whitman à l'Environnement et Colin Powell aux Affaires étrangères) pour un «effet de vitrine» – seul Colin Powell y est encore.