On dit que cela faisait une bonne semaine qu'Ariel Sharon s'y préparait quasiment à plein temps. Quatre présidents américains avaient fait de lui une sorte de paria avec qui personne ne voulait être vu. Pour sa première visite à Washington, le premier ministre israélien voulait être prêt, avant de déguster sa revanche. «Ce n'est pas une question de fierté. Simplement de responsabilité. Je sens beaucoup de responsabilité sur mes épaules», disait avant de partir un Sharon qui peinait pourtant à cacher un large sourire d'orgueil.

A l'inverse de son père il y a quelques années, c'est un George Bush junior accueillant qui attendait l'Israélien. Les deux hommes, politiquement, se ressemblent et parlent la même langue. D'autant plus qu'Ariel Sharon a laissé au vestiaire ses propos les plus enflammés, tels ceux qu'il tenait la veille encore. Devant un parterre de personnalités juives, il s'engageait ainsi à «protéger une Jérusalem unifiée avec le Mont du Temple en son centre, sous la souveraineté israélienne pour l'éternité.»

Rien de tel devant George Bush où le message qu'il a tenté de faire passer tenait en peu de mots: «Yasser Arafat, lui a-t-il dit en substance, est le principal responsable de la violence qui embrase la région depuis six mois. Il est un danger non seulement pour la sécurité d'Israël mais aussi pour celle de l'ensemble de la région.»

Faisant circuler le même message, certains conseillers du premier ministre israélien n'ont pas hésité à rapprocher l'Autorité palestinienne des talibans afghans, des mollahs iraniens et, surtout, du régime de Saddam Hussein. Les Israéliens le savent: dans la région, c'est l'Irak qui est au centre des préoccupations de la nouvelle administration américaine, bien davantage qu'un conflit israélo-palestinien considéré presque désormais comme périphérique.

En présentant Yasser Arafat comme un allié du maître de Bagdad et comme une source de déstabilisation régionale, Ariel Sharon savait donc qu'il serait entendu. Mais il souhaitait surtout que, dorénavant, ce soit le chef de l'Autorité palestinienne qui soit déclaré persona non grata à la Maison-Blanche. Il ne semble pas avoir été suivi sur ce terrain, si l'on en croit notamment des déclarations du secrétaire d'Etat Colin Powell qui a répété le vœu du président américain d'entendre «tous les leaders» de la région afin de se faire une opinion.

Dans l'optique américaine, en effet, il n'est pas bon d'isoler trop clairement l'Autorité de Yasser Arafat. Le risque est clair: ouvrir des failles dans le camp arabe déjà très critique face à la politique irakienne des Américains. George Bush a ainsi répété à Ariel Sharon que l'Amérique souhaitait voir alléger le bouclage auquel sont soumis les territoires palestiniens. De même, les Etats-Unis voudraient qu'Israël débloque les quelque 50 millions de dollars qu'il doit aux Palestiniens pour avoir récolté des taxes sur leurs produits.

Pour Ariel Sharon, cependant, il est «hors de question de financer ceux qui nous tuent». De même, il explique le bouclage des territoires par sa volonté de faire «cesser la violence». Selon la presse israélienne, le premier ministre aurait aussi présenté un plan basé sur des règlements intérimaires (et non définitifs comme le prévoyaient les Accords d'Oslo) et un accord de «non-belligérance».

Ariel Sharon a avancé notamment le meurtre d'un colon israélien, lundi matin aux portes de Jérusalem, pour justifier sa politique de bouclages. Levé il y a une semaine, le siège de Bethléem a été réimposé hier par l'armée israélienne, au motif que les agresseurs se seraient réfugiés dans cette ville.

Parallèlement, loin de Washington, la politique d'Ariel Sharon prenait aussi un peu plus corps ces derniers jours avec un vote municipal qui vise à relancer de manière spectaculaire la colonisation israélienne. Il s'agit de construire près de 3000 logements à Har Homa, une colonie très controversée qui fait face à Bethléem. Ariel Sharon, il est vrai, s'était engagé durant la campagne à ne pas créer de nouvelles colonies, mais jamais à ne pas agrandir les colonies existantes.