Gonzales après Ashcroft: pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ça ne fera pas une grande différence. George Bush devait annoncer mercredi la nomination de son conseiller juridique à la Maison-Blanche, Alberto Gonzales, au poste d'Attorney General (ministre de la Justice) en remplacement de John Ashcroft, qui a donné sa démission le 2 novembre, le jour même des élections.

Les deux hommes sont faits du même bois, la raideur en moins chez le Latino, proche du président depuis le Texas. L'un et l'autre, dans des mémos d'abord secrets, avaient interprété à leur manière le droit américain afin que les prisonniers de la «guerre contre le terrorisme» soient soustraits aux Convention de Genève et que le statut de prisonnier de guerre leur soit dénié, comme c'est encore le cas dans le camp de Guantanamo, à Cuba. Les protestations du CICR étaient restées sans effet. Gonzales avait aussi pondu un avis qui justifiait la pratique de la torture, dans certains cas. Et il avait été associé à la constitution des Commissions militaires, ces tribunaux spéciaux qui doivent juger les détenus de Guantanamo contre lesquels un crime est retenu.

Mais la justice ordinaire américaine est en train de prendre sa revanche. Les audiences des Commissions militaires ont été interrompues à Cuba après l'arrêt d'un juge fédéral de Washington, qui n'admet pas la violation des Conventions de Genève. Et la Cour suprême, en juin, a décidé qu'un prisonnier soupçonné d'acte de terrorisme pouvait contester sa détention devant un tribunal civil.

Alberto Gonzales, comme John Ashcroft, est un juriste conservateur, mais l'environnement a changé. Et George Bush, qui n'a pas cherché à retenir son ministre, a calculé que le moment était venu de faire sauter ce fusible. Pour tous les libéraux, pour des républicains aussi, Ashcroft était devenu un épouvantail: ce chrétien ultraconservateur était l'homme du Patriot Act, des nouveaux pouvoirs de police, des longues détentions au secret. Il avait reproché à ceux qui le critiquaient «d'aider les terroristes en érodant notre unité nationale et un diminuant notre détermination».

Le ministre du Commerce, Don Evans, vieux copain du président, s'en va aussi. C'est à la suite d'une cuite qu'ils avaient prise ensemble, en 1986, que George Bush avait décidé de ne plus toucher à l'alcool. Evans était devenu membre du cabinet pour services rendus. En 2000, il avait organisé le financement de la campagne présidentielle de son ami. Son successeur bénéficie de la même prébende: Mercer Reynolds était le financier de la campagne 2004. Il y a quatre ans, le président républicain avait déjà offert à ce très riche donateur une autre sinécure, en le nommant ambassadeur en Suisse.

D'autres changements dans le cabinet devraient être annoncés avant la fin de la semaine. Condoleezza Rice quittera la direction du Conseil national de sécurité. Colin Powell et Donald Rumsfeld ne sont pas partants, dans l'immédiat. Le secrétaire d'Etat avait pourtant dit qu'il quitterait ses fonctions à la fin du premier mandat Bush. Mais l'entourage affirme désormais qu'il ne veut pas lâcher le dossier irakien, dont il a davantage la charge maintenant, en pleine bataille. Le chef du Pentagone, lui, ne dit rien. Mais lundi, alors que commençait une conférence de presse sur l'assaut à Falloujah, il s'est lancé dans une longue défense de son travail de transformation des armées depuis quatre ans. Et il a ajouté que la tâche n'était pas terminée.