Pour George Bush, il y a de bons et de mauvais jours. Mardi était plutôt de bonne cuvée, et le président est sorti dans son Rose Garden pour en convaincre les Américains. Il a salué la formation un peu chaotique du gouvernement intérimaire irakien comme si tout, à Bagdad, se mettait en place selon le plan prévu. Les voitures piégées qui venaient de tuer quatorze personnes dans la capitale et à Beiji, dans le nord, font partie des «nombreux défis» à venir: «Les tueurs, a-t-il dit, veulent l'échec de ce gouvernement et empêcher tout progrès vers la liberté.»

Bien sûr, les noms qui sont sortis d'âpres discussions n'étaient pas les favoris du proconsul Paul Bremer, de Robert Blackwill, le représentant de la Maison-Blanche, ni les têtes de la liste établie par Lakhdar Brahimi, le délégué de l'ONU. Le nouveau président Ghazi al-Yaouar n'a pas ménagé ses critiques contre l'action de l'armée américaine et contre le projet de résolution présenté par les coalisés au Conseil de sécurité. Et le gouvernement comprend plusieurs membres de l'équipe précédente nommée par les Américains autour du noyau dur des exilés, que Brahimi souhaitait remplacer par des techniciens.

Des marines en renfort

George Bush comme Condoleezza Rice ont cherché à tirer parti de ces surprises. «La politique est arrivée en Irak», s'est réjouie la conseillère à la sécurité. Et le président a ajouté que les voix critiques ne lui faisaient pas peur: «Ça me va très bien, j'aime les gens qui disent ce qu'ils pensent, a-t-il lancé. Ils doivent montrer aux Irakiens qu'ils sont indépendants, intelligents, capables et nationalistes.» Il a affirmé qu'il n'avait eu aucune part – «zéro» – dans la sélection de l'équipe provisoire. Et quand on lui a demandé de commenter la mise à l'écart d'Ahmed Chalabi, il a fait mine de connaître à peine l'ancien protégé du Pentagone et de Dick Cheney, son vice-président. Disgrâce…

Dans les semaines et les mois prochains, la route promet d'être chaotique, et la Maison-Blanche tente de s'adapter au terrain, en prenant deux initiatives.

Le commandement de la force d'occupation, d'abord, a reçu de nouvelles directives. Depuis des semaines, les généraux répétaient qu'ils avaient les moyens de vaincre militairement la résistance, mais que ce serait au prix d'une défaite politique. Ils ont été entendus. Leur priorité est désormais de défendre le nouveau gouvernement, de protéger le fonctionnement de l'économie (routes, centrales d'énergie, industrie pétrolière), et d'entraîner la nouvelle armée irakienne. Mais des ripostes seront déclenchées contre les attaques qui ne manqueront pas. Un renfort de 10 000 marines va arriver du Koweït pour cela.

Le Conseil de sécurité, ensuite, a commencé mardi des consultations sur un nouveau texte de la résolution américano-britannique. Il tient compte des critiques européennes, en particulier de celles formulées par Jacques Chirac. La question de la sécurité et du contrôle des forces est au centre du débat. La première version transformait l'armée d'occupation en une force multinationale, approuvée par l'ONU, dont le mandat serait rediscuté au bout d'un an. Paris voulait qu'une date soit fixée pour le départ du corps coalisés. La résolution dit désormais que le mandat de la force multinationale durera jusqu'à la formation d'un gouvernement issu d'élections générales, en principe en janvier prochain. George Bush a ajouté mardi que le texte devait surtout avoir l'aval du nouveau pouvoir intérimaire irakien. Hashiyar Zebari, le ministre des Affaires étrangères confirmé, et rescapé du Conseil de gouvernement, devait quitter hier Bagdad pour New York, afin de participer au débat autour de la résolution.