Le Temps: Comment jugez-vous le voyage de George Bush en Afrique au moment où il prend fin?

Ann-Louise Colgan: Le voyage du président avait pour objectif de montrer le côté compatissant (compassionate) de son administration. Il s'agissait d'asseoir sa réputation d'homme capable au-dehors d'«actes de pitié», par la promesse de nouvelles initiatives pour affronter les défis les plus urgents du continent en partenariat avec les efforts des Africains eux-mêmes. Mais je crains que le président soit en train de tromper le peuple américain aussi bien que les Africains par des engagements creux. Il affirme prendre des décisions répondant aux priorités de l'Afrique, mais ses initiatives sur le sida et la lutte contre la pauvreté sont en fait fictives parce qu'elles n'ont pas de financement. La réalité, c'est que l'administration poursuit des objectifs qui sont contraires aux intérêts africains. Il devient clair que la Maison-Blanche ne traitera avec l'Afrique qu'à ses conditions, définies par ses intérêts en matière pétrolière et de stratégie militaire. Les intérêts des peuples africains dans la lutte contre le sida et la pauvreté ne sont simplement pas pris en compte.

– L'intervention des Etats-Unis au Liberia est souhaitée de toutes parts. La réponse n'est pas rapide…

– La crise au Liberia a capté l'intérêt des médias et s'est invitée dans le voyage de George Bush. Pour le moment, il s'est contenté de demander le départ de Charles Taylor et d'envoyer une équipe d'évaluation sur le terrain. Mais il ne veut pas s'engager réellement pour assurer une transition pacifique dans le pays et la stabilité dans la région. Pourtant, la réponse à cette crise sera la vraie mesure des promesses faites à l'occasion de ce voyage. Les Africains souhaitent traiter cette crise et les autres défis continentaux par la coopération internationale. L'approche unilatérale des Etats-Unis affaiblit les initiatives africaines de maintien de la paix. On le constate aussi au Soudan et au Congo-Kinshasa.

– Approuvez-vous la condamnation par George Bush du régime Mugabe au Zimbabwe?

– Africa Action a tissé de nombreuses relations avec les institutions de la société civile au Zimbabwe. Nous sommes de plus en plus inquiets de la situation dans ce pays, des violations des droits de l'homme, de la répression exercée contre la majorité. C'est une crise très complexe, qui a un caractère d'urgence. Il est important que l'administration Bush soutienne les efforts du peuple zimbabwéen pour reconquérir la démocratie. Mais ce n'est pas à la Maison-Blanche de décider du destin politique d'un quelconque Etat africain.