Deux jours après que le premier ministre grec eut arraché la confiance du parlement au terme d’un vote lourd en suspense (153 voix sur 298 suffrages exprimés), vendredi dans la nuit, et après des marchandages politiques tous azimuts et d’innombrables invectives par médias interposés, la nouvelle est tombée dimanche soir: un accord a été trouvé pour mettre en œuvre un gouvernement de coalition excluant Georges Papandréou, a annoncé un communiqué de la présidence grecque. Des élections anticipées seront également appelées. Le cabinet de coalition issu de ces tractations marathon aura pour mission de conjurer le risque d’une faillite du pays et la menace de sa sortie de la zone euro.

En fin d’après-midi dimanche, le premier ministre Georges Papandréou et le patron de Nouvelle démocratie, le principal parti de l’opposition conservatrice, Antonis Samaras, avaient entamé des pourparlers, en présence du chef de l’Etat, Carolos Papoulias. La télévision publique Net a retransmis des images des deux hommes assis face à face à la table des négociations, dans le bureau du président grec.

L’invitation à discuter, «pour explorer rapidement la possibilité d’une entente», avait été lancée à peine quelques heures plus tôt par le chef du gouvernement à son rival politique, à l’issue d’un nouveau conseil des ministres extraordinaires. Le site d’informations en ligne ekathimerini.com croyait savoir que c’est au cours de cette rencontre que Georges Papandréou, 59 ans, arrivé à la tête du gouvernement grec il y a tout juste deux ans, en octobre 2009 alors que s’annonçait la crise de la dette, devait annoncer sa démission.

Jusque-là, la perspective d’une rencontre entre les deux hommes achoppait précisément sur ce point critique: le retrait du George Papandréou, réclamé à cor et à cri par le meneur des Nouveaux démocrates comme préalable à toute tractation était encore fermement rejeté par le gouvernement socialiste avant la mise sur pied d’une nouvelle équipe gouvernementale. «Il ne peut pas y avoir de démission sans accord sur un gouvernement car il y aurait un vide du pouvoir, il faut d’abord un accord entre partis et la désignation d’un nouveau premier ministre», confiait ainsi une source à l’AFP.

Mais avant même que ne débute la rencontre avec Antonis Samaras chez le président, George Papandréou avait laissé entendre que l’heure n’était plus à la tergiversation, en émettant le souhait qu’un accord aboutissant à la mise en œuvre d’un nouveau gouvernement soit atteint «aujourd’hui et pas demain».

L’urgence était en effet de taille, à la mesure de la pression exercée par les partenaires européens de la Grèce. A la veille d’une réunion, ce lundi dans la soirée à Bruxelles, des ministres des Finances des 17 membres de l’euro (Eurogroupe), durant laquelle la Grèce entend négocier le déblocage d’une tranche de prêt de 80 milliards d’euros d’ici à fin février, le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, a laissé entendre qu’il y avait eu rupture de confiance avec Athènes. Dès lors, selon lui, Bruxelles a commencé à travailler à des scénarios d’une sortie de la Grèce de la monnaie unique. «Nous ne voulons pas cela mais nous devons être prêts à affronter n’importe quel scénario, y compris celui-là, au nom de la sauvegarde de la stabilité financière et de la préservation de l’euro», a soutenu le commissaire, selon des propos rapportés par Reuters. «Nous avons appelé à un gouvernement d’union nationale, restant persuadés qu’il s’agit de la manière convaincante de rétablir la confiance et d’honorer les engagements», a-t-il ajouté. Selon trois sondages parus dimanche, en dépit des mesures d’austérité qui plombent leur moral, les Grecs plébiscitent l’euro à près de 80%.

Devant ses ministres, le premier ministre sortant, acculé au retrait pour avoir plongé il y a tout juste une semaine la Grèce et ses partenaires du Vieux Continent dans un tourbillon en annonçant son intention d’organiser un référendum sur l’accord de soutien européen scellé à Bruxelles le 27 octobre dernier, a considéré que la priorité de toute nouvelle équipe gouvernementale devait être d’assurer la mise en œuvre de ce plan de sortie de crise économique. Ce dernier doit aussi être ratifié par le parlement grec d’ici à la fin de l’année.

Le nouveau premier ministre doit être désigné ce lundi à l’issue d’une nouvelle rencontre entre Papandréou et Samaras. Le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, qui s’était fermement opposé au projet de référendum, et l’ancien vice-président de la Banque centrale européenne Lucas Papademos font figure de favoris. Le nom de Stavros Dimas, ex-commissaire européen, circulait également.

Le cabinet de coalition aura pour mission

de conjurer

le risque d’une faillite du pays