«L'Alliance atlantique n'est plus ce qu'elle était au temps de la guerre froide, elle n'est plus là pour répondre à une menace qui viendrait de l'Est.» Les premières paroles du secrétaire général de l'OTAN George Robertson, lundi, à son arrivée à Moscou se sont voulues apaisantes. «L'élargissement de l'Alliance, a-t-il ajouté, fait peur à la Russie, je le sais, mais ces craintes existaient aussi au moment de l'adhésion de la Pologne et de la République tchèque, adhésion qui depuis a créé une stabilité en Europe centrale, stabilité également profitable à la Russie. L'élargissement à l'Est n'apportera aucun déséquilibre, ce n'est pas de l'expansion d'un bloc militaire antagoniste qu'il s'agit, mais d'une pierre supplémentaire ajoutée à la construction de la paix.»

Intérêts russes floués

L'adhésion prochaine et probable des Pays baltes gêne en effet – c'est un euphémisme – la Russie, sans parler de la récente demande d'adhésion de la Géorgie avec laquelle Moscou s'est fâché pour cause de soutien déguisé aux rebelles tchétchènes – au point d'instaurer un régime de visas entre les deux pays. Là aussi George Robertson l'a joué rassurante: «La coopération de la Géorgie avec l'OTAN est un gage de stabilité dans le Caucase.» Et puis, selon le très optimiste secrétaire atlantiste, qui pourrait profiter de sa visite pour rouvrir le bureau d'information de l'OTAN à Moscou – fermé depuis la guerre du Kosovo – toutes ces querelles ne sont que broutilles et malentendus légers: «Nos différents relèvent davantage de la perception que des faits.»

Côté russe pourtant, on attend Robertson de pied ferme et le colonel Leonid Ivachov, chef du département de la coopération internationale au sein du Ministère de la défense, a déjà prévenu: «La reprise des relations avec l'OTAN se fait par étape. Elle va dépendre de la volonté de l'OTAN de prendre en compte les intérêts de la Russie.» Des intérêts que les Russes estiment floués par la mise en place du bouclier antimissiles américain. Ils ne manqueront pas de rappeler, sans trop d'espoir, à George Robertson l'idée lancée par Vladimir Poutine en réponse à l'initiative américaine: la création d'un bouclier européen.

Bref, la visite de M. Robertson, destinée au départ à confirmer le dégel dans les relations antlantico-russes après la longue bouderie qui avait suivi la guerre du Kosovo, intervient dans un contexte brusquement dégradé, rendu encore plus épineux par les accusations américaines renouvelées la semaine dernière concernant le déploiement d'armes nucléaires russes à Kaliningrad et par le raid contre l'Irak: «Ces actes ne contribuent en rien à la recherche d'une solution en Irak. La seule solution ne peut être que politique et basée sur un strict respect des décisions de l'ONU», a indiqué l'attaché de presse du président Poutine. Et hier, le président de la Commission des affaires internationales à la Douma, Dmitri Rogozin, proposait aux députés de demander à Vladimir Poutine «la rupture unilatérale par la Russie des résolutions sur les sanctions contre l'Irak».

Mais surtout, on l'a dit, George Robertson aura de la peine à faire passer ses lénifiantes paroles concernant les Pays baltes. Vladimir Poutine l'a rappelé à plusieurs reprises: «L'élargissement de l'OTAN est inacceptable, car il va créer une nouvelle ligne de rupture et n'a pas de sens car l'Alliance a été créée pour contrebalancer le Pacte de Varsovie défunt.» Hier, le ministre de la Défense, Igor Sergueïev, s'est montré encore plus clair: «L'adhésion des Pays baltes à l'OTAN va faire peser une menace directe sur notre sécurité, avec l'installation d'un arsenal occidental quasi à nos frontières. Sans parler de Kaliningrad qui va se retrouver encerclée.» Un dialogue de sourds au programme donc. George Robertson va rappeler que «tout Etat démocratique a le droit de choisir son système de défense» et les Russes rétorqueront, comme l'a déjà fait hier le colonel Ivachov: «A condition que ce ne soit pas au détriment de ses voisins.»

Avant de rencontrer ce mardi le ministre des Affaires étrangères, Igor Ivanov, le ministre de la Défense, Igor Sergueïev, et probablement le président Poutine, le secrétaire général de l'OTAN, plus boy-scout que jamais, a tenu cependant à prêcher une dernière fois la bonne parole atlantiste: «Nous vivons dans un monde nouveau, positif, basé sur l'intégration, la coopération, le partenariat qui transcende les vieux réflexes du genre «on a gagné, ils ont perdu». De ce nouveau monde, la Russie doit faire intégralement partie.»