Syrie

George Sabra: «L’opposition n’est pas là pour faire de la figuration»

Figure respectée de l'opposition syrienne, George Sabra fait partie de la délégation qui doit se rendre à Genève. Responsable au sein du Conseil national syrien, il détaille les « obstacles » au lancement des négociations

Figure respectée de l'opposition syrienne, George Sabra fait partie de la délégation qui doit se rendre à Genève. Responsable au sein du Conseil national syrien, l'opposition considérée comme seule « légitime » par les pays occidentaux, il détaille les « obstacles » au lancement des négociations. Et il défend la présence à ses côtés de groupes salafistes considérés comme extrémistes.

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Le Temps: L'opposition n'arrive-t-elle pas donc à se mettre d'accord sur les personnes qui doivent la représenter ?

George Sabra: Le problème, c'est la Russie. Elle veut interférer et dicter sa propre liste, ce qui est inacceptable. Le processus de Vienne (soit le groupe international de soutien à la Syrie, ndlr) avait formellement établi une feuille de route pour définir les délégués de l'opposition. Et toutes les personnalités que met en avant la Russie aujourd'hui avaient été invitées à participer à notre réunion en Arabie saoudite. D'ailleurs, notre délégation comprend aussi certaines personnes qui avaient le blanc-seing de la Russie. En réalité, c'est un problème de fond qui se cache derrière cette question. Il n'y a pas d'agenda clair pour les pourparlers de Genève. Nous ne voulons pas y aller pour simplement avoir des discussions avec le régime mais pour entamer une vraie négociation sur la Syrie de demain, et notamment sur le départ de Bachar el-Assad.

La présence à vos côtés de responsables de Jaich al-Islam (armée de l'islam) pose problème. N'est-il pas un groupe terroriste ?

Ce groupe fait partie de l'Armée syrienne libre et il s'est engagé, au cours de notre réunion de Riyad, à respecter le communiqué de Genève (adopté en 2012 et stipulant notamment une issue démocratique, ndlr).Ses dirigeants ont été très clairs sur la question. Et c'est d'ailleurs cette évolution qui a coûté la vie à Zahran Allouche, le fondateur de l'armée de l'Islam, tué par un bombardement de l'armée syrienne le 25 décembre dernier.

De même, Ahrar el Sham (Hommes libres du Levant) est aussi une organisation qui, sur le terrain, a souvent combattu aux côtés d'Al-Qaida. Ces gens font-ils partie de la même opposition que vous ?

Ahrar el Sham est partie intégrante de l'opposition et elle défend le même projet que nous. Elle a aussi apporté son soutien au communiqué final de la réunion de Riyad. Mais aucun de ses membres ne figure dans la liste de la délégation qui devra prendre part aux négociations de Genève.

L'émissaire de l'ONU, Staffan de Mistura, semble considérer qu'il serait opportun d'élargir encore la liste de représentants de l'opposition. Qu'en pensez-vous ?

Staffan de Mistura a voulu lancer toute cette affaire sans être sûr que les circonstances s'y prêtaient réellement et sans en référer à personne. Je ne suis pas du tout sûr qu'il avait raison de se précipiter de cette manière. Laissez-moi vous le dire franchement : les Syriens continuent de mourir sous les bombes. Ils meurent de faim à cause des sièges mis en place par l'armée syrienne. Aucune mesure n'a été prise pour que tout cela s'arrête. Il est absolument hors de question que nous puissions aller à Genève dans ces conditions. Je le répète, notre but n'est pas de faire acte de figuration dans des pourparlers qui ne déboucheront sur rien mais de négocier réellement des étapes qui mettront fin à la guerre et qui dessineront l'avenir démocratique de la Syrie.

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