Le livre du jour

Une autobiographie «plate». C’est le moment qu’une partie du pays attendait, une preuve que notre ancien président George W. Bush peut non seulement lire, mais écrire un livre.» L’ironie avec laquelle le chroniqueur du Los Angeles Times , Andrew Malcolm, salue la sortie des Mémoires de George W. Bush n’est pas une exception. La presse américaine se montre plutôt sévère avec Instants décisifs, une autobiographie qualifiée de «plate» par beaucoup de chroniqueurs, et qui laisse sur leur faim ceux qui espéraient un mea culpa en bonne et due forme de la part du président le plus impopulaire de l’histoire du pays.

Une gouvernance sans nuance. Les critiques américains épinglent avant tout le manque d’autocritique d’un George W. Bush qui tente d’«humaniser» ses erreurs pour s’attirer la sympathie du lecteur. L’ancien président a ainsi beau jeu, selon le Washington Post, de déplorer l’effondrement de l’approche bipartisane sous son mandat: admettre qu’il a «une part de responsabilité» dans cette évolution est un euphémisme. Comme le New York Times, il pointe du doigt un mode de gouvernance fondé sur l’idée qu’«un homme décide», laissant peu de place à la contradiction. Et juge que George W. Bush donne raison par ses écrits à ceux qui l’accusent d’avoir pris des décisions «dans l’improvisation», sans consulter les experts, privilégiant souvent «la loyauté à l’expertise». Une analyse que ne partage pas, dans Politico, Russ Baker, spécialiste de la famille Bush, pour qui l’autobiographie de l’ancien président pourrait, au contraire, redorer son blason auprès des Américains.

Faible «mea culpa» sur l’Irak. Si George Bush admet «avoir envoyé des soldats américains au combat sur la base d’informations qui se sont révélées fausses», il répète à plusieurs reprises avoir été «aveuglé» par celles, partielles, transmises par son cabinet et son administration. Sur certains sujets, comme les méthodes de torture utilisées pour soutirer des renseignements à des membres d’Al-Qaida, le président n’exprime aucun regret, affirmant avoir agi pour la sécurité du pays. Ses tentatives pour défendre les conditions de vie à Guantanamo, expliquant que les prisonniers recevaient «un exemplaire personnel du Coran», ont du mal à convaincre. Le Washington Post accorde finalement un seul mérite à l’autobiographie présidentielle: celui de montrer que George W. Bush aurait pu être un bon président s’il avait moins écouté les voix des néo-conservateurs et davantage suivi la voie de son père. Le journal salue notamment les remarques de l’ancien président sur l’immigration, et le danger du repli sur soi.