Ala surprise de tous ceux qui ne s'attendaient qu'à un premier contact où le désir de paraître complices ne serait que trop perceptible, George W. Bush et Tony Blair ont marqué leur rencontre de Camp David, qui s'est achevée samedi, d'un accord important sur la défense. En résumé, le nouveau président américain a adoubé le projet de force de réaction rapide de l'Union européenne. En contrepartie, le premier ministre britannique a soutenu le projet américain de bouclier spatial antimissile.

Jouant sur la décontraction, les deux hommes ont mis en avant tout ce qui les réunit, alors même que leurs options de politique intérieure demeurent divergentes. George W. Bush, après avoir constaté que les deux nouveaux amis utilisaient la même pâte dentifrice, a souligné l'immanence des liens qui unissent les deux pays: «Nous sommes d'accord sur le commerce et sur les moyens de conserver la paix. Mais le plus important est que nous reconnaissons les deux que cette relation, entre l'Amérique et la Grande-Bretagne, est spéciale et que nous allons la poursuivre. Je peux vous assurer que lorsqu'un de nous deux rencontre une difficulté, il aura un ami à l'autre bout du fil.» A ce sujet, Tony Blair a fait allusion au processus de paix en Irlande du Nord – dans lequel l'ancien président Bill Clinton s'était largement investi. Le premier ministre britannique a aussi revendiqué son rôle de «pont» entre l'Europe continentale et les Etats-Unis, arguant qu'il avait développé des liens solides au sein de l'Union européenne malgré «de supposées différences idéologiques».

Jusqu'ici, le Parti travailliste au pouvoir à Londres a montré une grande méfiance, sinon des divisions internes, au sujet du bouclier antimissile américain, alors que les ténors militaires de l'administration américaine, comme Donald Rumsfeld ou John Bolton, ont assimilé l'initiative européenne à une attaque contre l'OTAN.

Mais tant George W. Bush, novice en affaires internationales, que Tony Blair, soucieux de préserver une position qui le rend incontournable sur la scène internationale tout en ménageant les sensibilités antagonistes de ses concitoyens, ont besoin de montrer que l'axe Washington-Londres fonctionne mieux que jamais. Lorsqu'il s'agira d'aller au-delà des déclarations en bras de chemise et veste d'aviateur, les sourires pourraient se crisper: il n'est par exemple pas certain que la France avale la promesse, faite à George W. Bush par Tony Blair, qu'une force européenne de réaction s'inscrira naturellement sous le commandement conjoint de l'OTAN.