Le compte à rebours a commencé pour la Grèce qui risque de ne pas pouvoir honorer une dette de 9 milliards d’euros le 19 mai car les hésitations de l’Allemagne sur le plan d’aide ont rendu ses taux d’emprunt prohibitifs. «L’heure de vérité est arrivée»: il faut «tout changer» en Grèce pour rendre l’économie viable, «Etat, habitudes, mentalités, comportements», a reconnu mardi le Premier ministre grec Georges Papandréou.

Mais le gouvernement a besoin pour cela «de temps et de sérénité», a-t-il ajouté en référence à la pression des marchés à laquelle le pays, croulant sous une dette de 300 milliards d’euros, est soumis depuis plusieurs mois. Sur le marché obligataire, où se négocie la dette des Etats, les taux à dix ans évoluaient encore mardi à des niveaux record pour la Grèce, au-dessus de 9,5%. Si Athènes peut toujours théoriquement emprunter, cela va lui coûter très cher, les conditions de marché étant devenues «totalement prohibitives», a prévenu le ministre des Finances Georges Papaconstantinou, dans un appel implicite à l’UE à débloquer au plus vite l’aide promise, soit au total 45 milliards d’euros.

Recul du PIB de plus de 2%

Les travaux de la mission de l’UE et du FMI, chargée de définir, en collaboration avec Athènes, un programme d’économies budgétaires pour 2011 et 2012, avancent «bien» et s’achèvent comme prévu «début mai», a indiqué mardi le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn. Les marchés doutent cependant de l’efficacité du plan à résoudre les problèmes d’endettement du pays à long terme, d’autant que le recul du PIB grec, attendu à 2% en 2010, pourrait être supérieur, a prévenu la Banque de Grèce. Et ils n’excluent plus désormais «un accident majeur de crédit de la Grèce», selon René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis. La fièvre des marchés, qui n’épargne plus désormais le Portugal, pesait aussi sur l’euro mardi, en recul face au dollar.

La hausse du coût de l’emprunt est également entretenue par les réticences de l’Allemagne à prêter 8,5 milliards d’euros à la Grèce, avant des élections régionales le 9 mai qui s’annoncent risquées pour la coalition au pouvoir. Les deux chambres du Parlement allemand pourraient toutefois décider d’ici au 7 mai le déblocage de l’aide à la Grèce par Berlin, a estimé mardi un responsable parlementaire allemand, Volker Kauder. Une majorité d’Allemands (57%) estime qu’une aide financière à la Grèce est une «mauvaise décision», selon un sondage publié mardi. Pas d’hésitation en revanche en France, où le Parlement examinera le 3 et 4 mai sa participation au plan européen (6,3 milliards d’euros).

Cote de popularité élevée

Georges Papandréou a semblé donner raison à l’Allemagne mardi lorsqu’il a critiqué l’utilisation des «fonds publics» et «des subventions européennes» qui, «au lieu d’être utilisés pour le développement, ont fréquemment servi à acheter des maisons, des voitures, et à vivre dans le farniente». Sur le front social, le syndicat de la fonction publique, l’Adedy, a appelé à une manifestation mardi soir. Et le grand syndicat du secteur privé, la Gsee, appellera à une grève pour la semaine prochaine. Une majorité de Grecs (61%) désapprouve la décision du gouvernement de faire appel à l’aide de l’UE et du FMI, selon un sondage publié mardi. Le fonds fait particulièrement figure d’épouvantail, au point que 70,2% des Grecs ne veulent pas de son argent. La cote de popularité deGeorges Papandréou reste cependant élevée, tandis que le principal parti de droite, Nouvelle démocratie, jugé responsable d’avoir ruiné le pays quand il était au pouvoir, souffre toujours d’un fort discrédit.