Il incarne une nouvelle génération d’hommes politiques. Elu avec une très confortable majorité, il promet, dès le début de son mandat, de changer son pays en lançant des réformes ambitieuses. Aujourd’hui, bien qu’il soit toujours très populaire, des milliers de citoyens descendent dans la rue pour contester déjà sa politique. Son nom: Barack Obama? Non, Georges Papandréou.

Le premier ministre grec est soumis ces jours à une pression extrême de l’Union européenne et des marchés en raison de la grave crise financière que connaît la Grèce et qui secoue la zone euro. Le pays a une dette de 300 milliards d’euros et un déficit public de 12,7% du PIB. Mercredi, pour desserrer l’étau dans lequel son pays est pris, le chef du gouvernement grec a répété au président français Nicolas Sarkozy, lors d’un déjeuner de travail à l’Elysée, sa détermination à «prendre toutes les mesures nécessaires» pour sortir la Grèce de ses lancinants problèmes structurels.

A 57 ans, Georges Papandréou dont le père Andreas et le grand-père Georges furent aussi des premiers ministres, n’est pas de nature à se décourager par les premiers mouvements sociaux dans les rues des villes grecques. Féru de fitness et de vélo, mais aussi soucieux d’une alimentation saine, il a l’énergie de celui qu’une vision titille, pousse à l’action. Il ne craint pas l’adversité. Son frère Nicholas se souvient: «Quand il était ministre des Affaires étrangères, Georges était déjà prêt à dialoguer, mais aussi à durcir le ton quand il le fallait. Un jour, il avait insisté pour continuer à négocier des droits de pêche avec l’Espagne et la Scandinavie jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Le calvaire des négociateurs espagnols et suédois dura quarante heures.»

Son style politique est la résultante d’un parcours très hétéroclite. Sa mère, Américaine ayant grandi dans la banlieue ouvrière de Chicago, fut un exemple de détermination. «Nikos» Papandréou la compare un peu à la principale figure du féminisme aux Etats-Unis, Gloria Steinem. Son père, tribun et figure mythique de la Grèce d’après-guerre, lui donna le goût de la politique. Né au Minnesota, Georges Papandréou a grandi en Californie, puis au Canada. C’était l’époque où il écoutait Imagine de John Lennon, une chanson qu’il repassera quand il sera élu à la tête du Parti socialiste grec (Pasok) en 2004.

La culture anglo-saxonne qu’il a intégrée dans sa jeunesse et lors de ses études à Harvard ou à la London School of Economics, a fortement imprégné sa manière de faire de la politique: «Il aime aller au combat, mais il veut que les choses avancent. Il est capable de prendre des décisions très rapidement. Comme un homme d’affaires moderne. C’est un trait de caractère qu’il a probablement hérité de notre mère», relève Nikos Papandréou.

Directeur du quotidien Kathimerini, Alexis Papahelas était plutôt sceptique. Il voyait le premier ministre comme un politicien qui vouait un culte démesuré au brain­storming. Il est aujourd’hui plutôt admiratif en dépit de la tâche herculéenne qui l’attend: «Georges Papandréou est endurant, résolu et a du culot.»

Des qualités qui ne seront pas de trop pour mener à bien des réformes que l’Etat grec n’a jamais vraiment entreprises: réforme du système fiscal, qui pour l’heure permet une économie souterraine évaluée à 30% du total, réforme de l’administration pléthorique, réforme de la loi électorale et de l’immigration.

Peu convaincu par le blairisme, Georges Papandréou, qui préside l’Internationale socialiste depuis 2006, a été marqué par la social-démocratie suédoise. Après avoir fréquenté l’Université de Stockholm, il consacrera sa thèse de mastère aux immigrants grecs en Suède. «Il a été très marqué par cette question pour avoir été un immigré lui-même et avoir été agressé. C’est de là qu’est venue sa volonté d’apprendre les arts martiaux», relève son frère Nikos Papandréou.

L’itinéraire du premier ministre grec fait de lui un homme politique «global», presque plus à l’aise au Forum économique de Davos qu’à Athènes. Trilingue, il parle très bien l’anglais, le suédois et le grec. Dans son pays toutefois, on tend à ironiser sur les petites imperfections linguistiques qui marquent ses discours en grec. Héritier d’une dynastie qui a dominé la scène politique hellénique pendant des décennies, Georges Papandréou peut pourtant difficilement être soupçonné de ne pas être grec. Mais sa distanciation relative avec son pays lui donne une marge de manœuvre accrue pour réformer le pays. Elle le distingue d’une culture politique méditerranéenne. C’est sans doute là la vraie rupture du gouvernement Papandréou.

De fait, si certains Grecs attendent de lui qu’ils résolvent tous les problèmes, lui attend d’eux qu’ils assument individuellement leur part de responsabilité. Les projets qu’il a lancés de développement de la technologie verte (l’éolien, le solaire et la géothermie) et d’une gestion moderne des déchets et des eaux usées sont un exemple concret de rupture avec le passé. Homme d’écoute, le sociologue Georges Papandréou a besoin de dialectique. Il a nommé dans son cabinet des femmes de haut calibre qui, contrairement aux hommes, osent le soumettre à la question.

Le plus grand ennemi de Georges Papandréou, ce sont probablement son propre parti et le système politique grec plutôt enclin à l’immobilisme. Mais audacieux, indépendant, il n’est pas prêt à se fondre dans le moule. Un exemple? Il était premier ministre depuis à peine trois jours. Pour rompre la glace avec la Turquie voisine, il s’était rendu dans un cimetière d’Istanbul, se souvient Nikos Papandréou. Et là, devant des ministres turcs, il avait dansé le zeimbekiko, une danse traditionnelle grecque. Une provocation pleine d’humour, mais aussi une manière franche d’aborder l’avenir.

A Athènes, on ironise parfois à propos de ses petites imperfections linguistiques