L’ex-président géorgien et meneur d’opposition Mikheïl Saakachvili a été arrêté à son retour dans son pays après un exil de huit ans, en pleine crise politique, a annoncé vendredi le Premier ministre Irakli Garibachvili. L’ancien chef d’Etat était recherché pour «abus de pouvoir» dans une affaire qu’il juge politique.

Mikheïl Saakachvili avait déclaré vendredi être rentré en Géorgie après un exil de huit ans, une annonce démentie par les autorités qui menacent de l’arrêter s’il retournait dans ce pays du Caucase plongé dans une longue crise politique. «J’ai risqué ma vie et ma liberté pour rentrer», avait-il lancé dans une vidéo diffusée sur son compte Facebook dans laquelle il dit se trouver dans la ville côtière géorgienne de Batoumi.

Toutefois, le ministère géorgien de l’Intérieur avait assuré que Mikheïl Saakachvili, qui est accusé par la justice de son pays d’abus de pouvoir, une affaire qu’il juge politique, n’avait pas regagné Géorgie. «Nous avons été en communication active avec la partie ukrainienne et je peux dire catégoriquement que Mikheïl Saakachvili n’a pas franchi la frontière ukrainienne», avait martelé devant les médias un vice-ministre géorgien de l’Intérieur, Alexandre Darakhvelidzé. Le dirigeant du parti au pouvoir Rêve géorgien, Irakli Kobakhidze, avait lui aussi affirmé que «Saakachvili n’est pas en Géorgie», dénonçant une supercherie.

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Tensions avant les élections

Mikheïl Saakachvili est un habitué des coups d’éclat. En 2017, il était illégalement entré, à pied, en Ukraine – où il avait également des problèmes judiciaires – entouré d’une foule de partisans, une scène rocambolesque. Président de 2004 à 2013, il avait annoncé, cette fois-ci, son retour sur sa terre natale pour ce week-end, à l’occasion du déroulement samedi d’élections locales considérées comme un test pour le parti au pouvoir. «J’appelle tout le monde à aller voter pour le Mouvement national uni (MNU)», le principal parti d’opposition dont il est le fondateur, a lancé l’ancien président dans la vidéo diffusée vendredi.

Plusieurs membres de son parti ont insisté sur le fait qu’il était bien à Batoumi, affirmant l’y avoir contacté via des appels vidéo. Il a également appelé ses partisans à se réunir dimanche et à marcher vers la capitale Tbilissi «pour protéger les résultats du vote», tout en promettant de se joindre au cortège. «Si ce gouvernement usurpateur arrive à m’arrêter avant, cela ne peut que nous rendre plus forts. Je ne reculerai pas en tout cas et j’espère que vous non plus», a-t-il ajouté.

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Son retour en Géorgie, «qu’il soit vrai ou pas, accroît les tensions avant les élections de samedi», jugeait vendredi la présidente géorgienne Salomé Zourabichvili, dans une allocution télévisée. L’ex-président, en exil depuis 2013, avait montré lundi la photographie d’un billet d’avion à destination de Tbilissi pour la soirée de samedi, le jour des élections locales. Les autorités géorgiennes ont aussitôt prévenu qu’il serait immédiatement arrêté en cas de retour.

Accusations de fraude électorale

Personnage flamboyant, Mikheïl Saakachvili est pour ses partisans le héros de la «Révolution de la rose» de 2003 qui avait évincé en Géorgie les élites post-communistes et donné naissance à d’importantes réformes. Mais il est aussi l’homme de la défaite dans la guerre de 2008 contre la Russie et ses détracteurs dénoncent son penchant pour l’autoritarisme. Après son départ de Géorgie en 2013, il a vécu un temps aux Etats-Unis avant d’entamer en Ukraine une nouvelle carrière politique, soutenu un temps par l’ex-président Petro Porochenko, avec lequel il s’est ensuite brouillé. Dernièrement, Mikheïl Saakachvili dirigeait une instance gouvernementale ukrainienne chargée des réformes.

La Géorgie est plongée dans une crise politique depuis l’année dernière, lorsque les partis d’opposition ont dénoncé des fraudes massives aux élections législatives remportées de justesse par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien. En mai, le président du Conseil européen Charles Michel a négocié un accord de sortie de crise mais, en juillet, le Rêve géorgien s’en est unilatéralement retiré, suscitant les critiques de l’UE et des Etats-Unis. Lundi, Mikheïl Saakachvili a insisté sur le fait que l’accord devait être respecté, qualifiant les élections locales de samedi de «référendum» contre Bidzina Ivanichvili, le fondateur du Rêve géorgien et homme le plus riche de Géorgie. Ce dernier assure s’être mis à l’écart de la vie politique quand ses détracteurs l’accusent d’être le vrai maître du gouvernement.

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