Le coronavirus a réussi, temporairement, ce dont rêvaient Donald Trump et ses avocats: à écarter le ministre de l’Intérieur (républicain) de Géorgie Brad Raffensperger des opérations de recomptage des voix, entamé ce samedi en mode manuel.

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Cet élu sudiste du parti présidentiel (tout comme le gouverneur Brian Kemp) défend depuis le 3 novembre la bonne tenue du scrutin dans son Etat (16 grands électeurs), remporté par Joe Biden avec une très courte marge de 14 000 voix d’avance et attribué vendredi à ce dernier, lui permettant de totaliser 306 grands électeurs, contre 232 pour Donald Trump. Or il a dû se mettre en quarantaine volontaire ce même jour, après avoir été testé positif au coronavirus. Il ne pourra donc pas assister à la communication publique des résultats définitifs du scrutin par la commission électorale de Géorgie, au plus tard mercredi 18 novembre à minuit.

159 comtés

Une fois ce recomptage achevé dans les 159 comtés, sa certification doit en effet intervenir au plus tard le 20 novembre avant 17 heures, laissant un peu plus de 24 heures aux tribunaux pour statuer définitivement sur les poursuites en cours engagées par le camp présidentiel. La loi de Géorgie prévoit que les résultats du scrutin doivent être communiqués «au plus tard à 17 heures le dix-septième jour suivant la date de l’élection» pour tous les postes à pourvoir et pour toutes les questions sur lesquelles les électeurs avaient à se prononcer.

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Le recomptage des voix dans cet Etat connu pour avoir été l’un des principaux champs de bataille de la lutte pour les droits civiques n’est pas lié aux poursuites judiciaires du camp Trump, mais à une disposition légale qui l’impose automatiquement en cas d’écart trop faible entre les candidats. Plusieurs des plaintes déposées par les avocats du locataire de la Maison-Blanche ont d’ailleurs été déjà rejetées, mais une ultime manœuvre est en cours pour empêcher la certification des résultats, sachant que le gouvernement de l’Etat a affirmé samedi qu’il ne «doute pas d’obtenir les mêmes résultats à l’issue de ce nouveau dépouillement».

Accord avec les démocrates

L’avocat Lucian Lin Wood – connu pour sa défense du suspect Richard Jewell dans l’affaire de l’alerte à la bombe des Jeux olympiques d’été de 1996 à Atlanta – a annoncé qu’il avait intenté un procès à Brad Raffensperger pour avoir, en mars 2020, conclu un accord avec le Parti démocrate sur les formalités de signature des si controversés bulletins par correspondance. Le ministre de l’Intérieur, malgré son affiliation politique au Parti républicain, aurait agi de «façon inconstitutionnelle» avec ces dispositions, ce qu’aucun soutien local de Donald Trump n’avait depuis lors dénoncé. Une accusation aussitôt rejetée par l’exécutif de Géorgie comme «une affirmation stupide et sans fondement». Dans deux autres Etats visés par des poursuites identiques pour exiger le report de la certification des suffrages, la Pennsylvanie et le Michigan, la justice a écarté tous les arguments des avocats trumpistes.

Remportée en novembre 2016 par Donald Trump avec environ 300 000 voix d’écart, la Géorgie a, selon l’analyse des votes du 3 novembre, basculé du côté démocrate en raison des avancées électorales de Joe Biden dans les banlieues autour d’Atlanta et de Savannah, et du vote massif de la communauté noire en sa faveur. Soit deux données constatées sur l’ensemble du territoire américain. La possibilité que le recomptage inverse ces résultats semble donc très peu probable, mais l’acharnement judiciaire du camp Trump s’explique aussi par un autre enjeu: celui du contrôle du Sénat.

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La Chambre haute des Etats-Unis, composée de 100 sénateurs (deux par Etat) est actuellement contrôlée par le Parti républicain avec deux sièges d’avance, par 50 contre 48. Or les deux derniers sièges à pouvoir sont ceux… de l’Etat de Géorgie. Le premier est occupé par le sénateur sortant David Perdue, dont le mandat venait normalement à échéance. Le second était occupé à titre intérimaire par une femme d’affaires, Kelly Loeffler, nommée en 2019 par le gouverneur Kemp après la retraite du sortant Johnny Isakson, élu depuis 2005. Une élection partielle a donc été convoquée. Suspense supplémentaire: la loi électorale de Géorgie prévoit un second tour le 5 janvier si aucun des candidats n’a totalisé plus de 50% des voix au premier tour. Ce qui a été le cas, avec 49,7% pour David Perdue face au démocrate John Ossoff. D’où la pression maximale déployée par Trump selon Thomas Wright, analyste à la Brookings Institution: «Sur la base du premier tour, je ne crois pas à une double victoire démocrate en janvier. Mais s’il y a une dynamique Biden, cela peut changer. Les trumpistes vont dès lors tout faire pour polariser au maximum ce scrutin et garder la Géorgie sous surveillance.» Une double victoire démocrate donnerait une égalité de sièges au Sénat, mais permettrait au parti de Joe Biden de prévaloir grâce à la voix supplémentaire de sa vice-présidente, Kamala Harris.

La raison du recomptage manuel – et non à l’aide de machines – des voix en Géorgie vient en partie de la polémique, attisée par les partisans de Trump et par le groupe extrémiste et conspirationniste QAnon, autour des soi-disant irrégularités engendrées par l’utilisation de machines à voter équipées du logiciel Dominion. Ce logiciel aurait, selon ses détracteurs, effacé des voix républicaines. Ce qu’aucune vérification n’a permis jusque-là de confirmer. Le groupe QAnon, dont les membres sont convaincus de l’existence d’une secte pédophile et sataniste mondiale résolue à destituer Donald Trump, dispose désormais d’une élue à la Chambre des représentants à Washington, sous l’étiquette républicaine: Marjorie Taylor Greene. Sa circonscription? Le 14e district électoral de Géorgie, juste au nord d’Atlanta.

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