S'interposer d'abord, parler ensuite: pour le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, en visite vendredi dans les zones périphériques de l'Ossétie du Sud, le déploiement des quelque 220observateurs européens en cours depuis le 1er octobre n'a de sens que s'il est suivi, à Genève, par de vraies discussions.

«Chaque étape compte, a expliqué, dans le camp de réfugiés de Gori, le ministre français. Il faut maintenant parler du sort des 25000 déplacés empêchés de rentrer chez eux. Et maintenir la pression pour que les troupes russes respectent intégralement l'accord de cessez-le-feu qui prévoit leur retour sur les positions antérieures au 7 août.»

Tout en évitant de parler de «négociations», ce dernier a confirmé que la réunion de Genève démarrerait par un dîner, mardi prochain, entre lui-même, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner et le ministre finlandais Alexander Stubb, actuel président de l'OSCE.

Abkhazes et Sud-Ossètes?

Les trois organisations ayant du personnel sur le terrain se retrouveront le lendemain autour de la table avec les délégations russes et géorgiennes, dont la composition n'est pas finalisée. Le maître d'œuvre de ces pourparlers est l'ambassadeur français Pierre Morel, représentant spécial de l'UE pour la Géorgie.

Comme prévu, la présence de représentants abkhazes et sud-ossètes à Genève est la question la plus sensible. Exigée par les Russes, celle-ci n'est pas rejetée par les Vingt-Sept, qui jugent leur participation nécessaire pour aborder le sujet du rapatriement des réfugiés. «A un moment, nous aurons besoin d'eux», a reconnu Bernard Kouchner à Gori.

Quant au gouvernement géorgien, il tient un discours opposé: «S'ils (Abkhazes et Sud-Ossètes) pénètrent dans la salle, je partirai. Pas question de nous asseoir avec des criminels de guerre», a déclaré au Temps le ministre de l'Intégration, Temuri Iakobachvili, qui pourrait diriger la délégation de Tbilissi. La seule ouverture consisterait à accepter des représentants de toutes les communautés recensées dans les territoires avant le conflit. Certains, du côté français, évoquent un découpage des pourparlers en plusieurs sessions, entre hauts fonctionnaires russes et géorgiens.

L'autre question piège reste celle de l'interprétation du cessez-le-feu, notamment à propos du district d'Akhalgori. Sous autorité géorgienne avant le 7 août, celui-ci demeure aujourd'hui contrôlé par les troupes russes, qui le considèrent partie intégrante de l'Etat sud-ossète dont Moscou a reconnu l'indépendance le 26 août.