Après avoir été le meneur de la «révolution des roses» en novembre dernier, le leader réformateur Mikhaïl Saakachvili voulait devenir le président de la Géorgie fort d'un vrai soutien populaire. C'est chose faite. Dimanche soir, des sondages réalisés à la sortie des urnes le donnaient vainqueur avec 85,8% des suffrages. Il était encore trop tôt pour connaître les résultats officiels. La participation a probablement été très importante. Vers 20 heures, la Commission centrale électorale annonçait qu'à 17 heures, soit 3 heures avant la fermeture des bureaux de vote, près de 1,7 million de votants, sur environ 2,5 millions, avaient voté. Cela représentait donc déjà 65% de taux de participation. Sachant que les Géorgiens étaient encore nombreux à se rendre aux urnes en fin de journée, l'élection du troisième président de la Géorgie depuis son indépendance, en 1991, ressemble à un véritable plébiscite. Plus tôt dans la journée, l'ancien chef de l'Etat Edouard Chevardnadze, bouté hors du pouvoir par les manifestants voici quelques semaines, avait affirmé devant les caméras avoir lui-même voté pour celui à qui il doit sa chute.

Les deux candidats qui suivent Mikhaïl Saakachvili, si l'on peut dire, n'ont récolté que 0,4% des voix chacun. Au total, les scores réunis des quatre adversaires du successeur d'Edouard Chevardnadze ne dépassent pas 1%. Le président de la Commission centrale électorale, Zourab Tchiaberachvili, a déclaré avec fierté que «les élections ont été tenues». Par ces mots, il voulait dire que le scrutin s'est déroulé de façon libre et démocratique. «Il n'y a pas de précédent en Géorgie», a-t-il précisé. Ces résultats permettent à Mikhaïl Saakachvili de prendre le pouvoir avec une vraie légitimité. Condition nécessaire pour stabiliser ce pays dont les deux premiers présidents, Zviad Gamsakhourdia et Edouard Chevardnadze, ont été chassés par un coup d'Etat, le premier en janvier 1992, l'autre lors de la «révolution des roses» les 22-23 novembre derniers, après trois semaines de crise politique et de pressions de la rue suite à des élections parlementaires fraudées au début du même mois. Mikhaïl Saakachvili devrait prendre ses fonctions le 25 janvier prochain, jour de l'anniversaire de son prédécesseur.

Cette élection confirme les attentes du peuple géorgien envers son nouveau président. Populaire, parfois populiste, Mikhaïl Saakachvili a su rendre l'espoir à ses compatriotes qui vivent des années très difficiles depuis l'indépendance, en 1991. «C'est votre victoire, je n'ai pas gagné l'élection, a-t-il déclaré dimanche soir. Vous, mon peuple, avez gagné cette élection.» «Nous avons obtenu un mandat très important de la population pour nettoyer la Géorgie, en faire un pays pacifique et prospère, efficace, propice aux investissements, pour renforcer le pouvoir», a-t-il dit, s'exprimant alternativement en géorgien, russe, anglais et français.

Concernant la question particulièrement épineuse de la région séparatiste d'Abkhazie (ouest de la Géorgie), qui jouit d'une indépendance de facto depuis le conflit du début des années 1990 lors duquel la Russie a été accusée de soutenir les Abkhazes, il a souligné qu'il n'était «dans l'intérêt ni de la Géorgie, ni de l'Abkhazie de laisser la situation telle qu'elle est». «Nous avons l'intention de relancer des négociations de paix avec l'Abkhazie», a-t-il dit, ajoutant que Tbilissi «n'accepterait jamais que (cette région) cesse de faire partie de la Géorgie. Nous espérons une aide des Etats-Unis et un rôle constructif de la Russie. Les déclarations du président (russe) Vladimir Poutine nous font espérer que ce sera le cas. Mais le plus important est de s'entendre avec les Abkhazes eux-mêmes», a-t-il dit. Le nouveau président a par ailleurs annoncé qu'une date serait prochainement fixée pour des élections législatives.

«Aucune stratégie»

Si ce jeune avocat de 36 ans, né un 21 décembre, comme cet autre Géorgien qu'était Staline, est réputé intelligent et courageux, il lui faudra du génie pour sortir le pays du marasme économique et politique. Il sait emporter les foules, faire des gestes politiques forts, trouver les mots qui font mouche. Mais son programme est faible, voire quasi inexistant. Il a fait de la lutte contre la corruption son principal argument de campagne lors des parlementaires du 2 novembre. «Mais cela ne suffira pas pour relancer l'économie, explique Niko Orvelachvili, expert du Georgian Economic Development Institute. Son programme dans ce domaine est nul et je crains qu'il n'ait aucune véritable stratégie.»