A 54 ans, Gérard Collomb devient le premier maire socialiste de Lyon depuis un siècle. Un maire qui, comme son lointain prédécesseur, s'est fait élire sans trop agiter son drapeau socialiste afin de ne pas effaroucher une ville à la réputation conservatrice.

Cette élection, c'est l'aboutissement d'une carrière pour ce fils d'un ouvrier métallurgiste, socialiste, et d'une femme de ménage, catholique pratiquante. Après de sages études universitaires, à peine troublées par les événements de Mai 68, où il se distingue de la révolution étudiante en choisissant le camp des modérés «réformistes», il décroche une agrégation de lettres classiques et se destine à l'enseignement. Militant socialiste, il a le mauvais goût, aux yeux de François Mitterrand, de lui préférer le pragmatisme de Michel Rocard. Ce qui lui interdira pendant des années l'accès à de hautes responsabilités au sein du PS. Il reste donc replié sur Lyon où il mène en 1983, 1989 et 1995 de vaines offensives contre la mairie, bastion de la droite.

En 1995, préfigurant ce que sera par la suite la «gauche plurielle», il mène l'assaut à la tête d'une liste regroupant des socialistes, des communistes, des radicaux et des Verts. Il décroche trois mairies d'arrondissement sur les neuf de la ville et devient le dirigeant de l'opposition à Raymond Barre. Entre les deux hommes, une estime s'instaure. Profitant des divisions de la droite locale, il endosse les habits d'un socialo-barrisme et se transforme en héritier politique de l'ancien premier ministre. Celui-ci, dépité par la médiocrité de son propre camp, laisse faire, amusé. C'est au terme d'une campagne résolument centriste qu'il parvient dimanche à décrocher la mairie. Un centrisme modéré qu'il justifie en usant d'une citation du socialiste Jean Jaurès: «C'est en allant à la mer que le fleuve reste fidèle à sa source.»