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Le ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb.
© Laurent Cipriani/Pool via Reuters

France

Gérard Collomb, l'homme à poigne

Le ministre français de l’Intérieur s’est bien gardé de sermonner son homologue italien Matteo Salvini pour avoir interdit au navire Aquarius de SOS Méditerranée d’accoster dans son pays. Il propose une rencontre à Paris

La presse française le dit «intouchable». Impossible, malgré les sorties controversées et de plus en plus dures sur les migrants de son ministre de l’Intérieur, de convaincre Emmanuel Macron de prendre ses distances avec l’ex-maire de Lyon auquel il doit tant. Vrai? «Il y a une autre analyse: le président pense que Gérard Collomb a raison de poser les questions qui fâchent. Lui, au moins, est prêt à prendre des coups», explique un responsable de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), frustré de voir la ligne dure anti-migrants l’emporter à l’Elysée.

«Quand je pose cette question à Macron, il me répond: «Collomb dit ce que pensent 80% des Français. Tu veux que je fasse quoi?» nous expliquait, en mai, l’ancien député européen écologiste Daniel Cohn-Bendit, en désaccord avec le premier flic de France. 

Réaliste pur et dur

L’épisode navrant de l’Aquarius, ce navire de secours aux migrants interdit d’accoster en Sicile et à Malte après le refus net du nouveau ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, a, selon ses partisans, donné raison à Gérard Collomb. Lequel s’est bien gardé de condamner l’Italie et a proposé mardi soir une prochaine conférence à Paris.

Explication: l’ancien maire socialiste de Lyon, 71 ans le 20 juin, est un réaliste pur et dur, qui a compris deux choses: l’échec programmé des discussions en cours au sein de l’Union européenne sur la réforme des Accords de Dublin II sur l’asile, et l’obligation de regarder en face les deux déficiences communautaires majeures face à la vague de migrants économiques en provenance d’Afrique – l’insuffisante protection des frontières extérieures et l’inadéquation des procédures de demandes d’asile qui, restant nationales, favorisent la confusion.

Auditionné le 30 mai par le Sénat, Gérard Collomb avait parlé de benchmarking, estimant que les migrants se jouent des procédures en passant d’un pays de l’UE à l’autre pour y demander refuge et protection.

70 000 «disparus»

Polémique. Mais réalité: «Nous avons davantage besoin d’une banque de données européenne des empreintes digitales des migrants – une réforme du système Eurodac est actuellement proposée par Bruxelles – et d’une agence européenne de l’asile capable d’uniformiser les procédures et d’éviter les doubles enregistrements que d’une réforme de Dublin», juge une source proche du Ministère de l’intérieur. Or qui d’autre que Gérard Collomb, ce socialiste franc-maçon provincial, agrégé de lettres classiques, longtemps méprisé par l’élite parisienne du PS et rallié très tôt à Emmanuel Macron, pour faire face au courroux des organisations humanitaires si bien ancrées dans la capitale?

«Collomb, c’est la tradition républicaine à l’ancienne, la légitimité et les combines électorales face aux pressions médiatiques du charity business», juge un député de La République en marche, le parti présidentiel. Le ministre de l’Intérieur, affirment ses proches, s’est notamment laissé persuader par les élus territoriaux de l’échec des relocalisations des migrants en province. Il tire aussi les conséquences de l’impossible organisation des retours des déboutés du droit d’asile. «Collomb a récemment commenté devant nous les statistiques de l’Ofpra pour l’année 2017, commente un sénateur.

Il a retenu trois chiffres: 43 000 personnes ont été placées sous protection (donc autorisées à séjourner en France) pour 115 000 décisions prises et une durée  moyenne de procédure de 114 jours. Or, où sont les 70 000 déboutés? On ne sait pas les renvoyer dans leur pays. Sa conviction est qu’on ne sait plus régler la question des migrants une fois qu’ils ont mis le pied sur le territoire et qu’on les y a laissés s’installer.»

La question des «hotspots»

L’arrivée des partis populistes au pouvoir en Italie ne fait pas, en apparence, les affaires de la France. Le ton est monté entre les deux pays à la suite des brutales interventions des policiers français au col de l’Echelle (Hautes-Alpes), à la frontière.

La réalité est un peu différente. Pour Paris, le refus de Matteo Salvini de laisser accoster l’Aquarius – finalement accepté par l’Espagne – doit certes être dénoncé car il ne respecte pas les règles internationales en matière de sauvetage aux navires en détresse (ils doivent être accueillis par le port le plus proche, ce qu’a rappelé le gouvernement Français mardi), mais il pose ce faisant la question de l’accueil aux frontières et des hotspots, à savoir ces centres de premier accueil et de «tri» gérés par l’UE, comme c’est le cas en Grèce. Ces hotspots, estime l’entourage de Gérard Collomb, doivent devenir la priorité, en lien avec la réforme européenne de l’agence Frontex qui doit accoucher d’un véritable corps de garde-frontières européens.

«Matteo Salvini voulait faire un coup dès son arrivée au gouvernement. Et il va recommencer, met en garde un responsable français. La France, comme l’Allemagne, préfère donc se taire et attendre le Conseil européen des 28 et 29 juin pour poser la bonne question: comment organiser, à plusieurs pays, l’accueil des navires de migrants puis l’enregistrement de ces derniers dans des ports désignés pour cela?» «L’intouchable» Collomb, ce Lyonnais roué, attend que son voisin italien fasse le premier pas.

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