Gérard Collomb a tiré la prise. Le ministre de l’Intérieur français, soutien de la première heure du candidat Emmanuel Macron, vient avec fracas de démontrer qu’il ne croit plus guère dans ce quinquennat. Sa démission, présentée lundi au président français, avait été refusée par ce dernier, qui avait renouvelé sa confiance publiquement au numéro deux du gouvernement.

Las. L’ex-maire de Lyon, 71 ans, de nouveau candidat à sa succession dans la capitale des Gaules lors des municipales du printemps 2020 (il pourrait même reprendre sa mairie rapidement à la suite de la démission de son successeur), a maintenu sa décision et l’a confirmée mardi dans un entretien au quotidien conservateur Le Figaro: «On quitte toujours ce ministère avec regret, car c’est un beau ministère», a-t-il affirmé, pour signer définitivement son départ, ouvrant ainsi une nouvelle crise gouvernementale.

Crise profonde

Le départ de Gérard Collomb n’est pas seulement celui d’un pilier de la première heure de la «Macronie». Il témoigne de la crise profonde qui s’est installée entre l’exécutif et les territoires, dont le ministre de l’Intérieur a la charge. L’ancien maire de Lyon, cacique du Parti socialiste reconverti en centriste pro-Macron, était depuis le début sur deux lignes de front déterminantes du quinquennat: celle des élus locaux et celle des forces de l’ordre.

Le Sénat, contrôlé par l’opposition de droite, est vent debout contre le projet de réforme constitutionnelle défendu par Emmanuel Macron. Les syndicats de policiers sont sur les dents en raison de la multiplication des agressions récentes contre les forces de sécurité. Le ministre de l’Intérieur était aussi mis en cause par les associations humanitaires pour son intransigeance vis-à-vis des migrants. La démission de Gérard Collomb intervient enfin à l’orée d’une possible crise entre la France et l’Iran: les autorités françaises ont accusé nommément mardi la République islamique d’être derrière un projet d’attentat déjoué le 30 juin à Villepinte, où se tenait un meeting de l’opposition au régime de Téhéran.

Un ministre peu populaire

Pour Emmanuel Macron, ce remaniement gouvernemental forcé est une très mauvaise nouvelle. Le 28 août, l’ancienne vedette de la télévision Nicolas Hulot avait déjà démissionné avec éclat, en direct, de son poste de ministre de la Transition écologique. La posture de Gérard Collomb était certes bien différente de celle de Hulot, ministre issu de la «société civile», mal à l’aise avec ses fonctions. Le premier gardait une belle popularité. Le second a toujours été très critiqué.

Mais l’un comme l’autre ont cédé sous le poids du même fardeau: l’incapacité à mettre en œuvre une politique différente, digne des promesses du candidat Macron et de sa volonté affichée de «disruption», et l’isolement croissant d’un chef de l’Etat accaparé par les questions internationales et entouré d’une garde rapprochée difficile à franchir. Hulot, comme Collomb, a publiquement reproché au président français de ne plus les écouter et de ne pas être accessible. Le rôle du premier ministre, Edouard Philippe, issu de la droite et de plus en plus puissant, apparaît aussi déterminant: grâce à sa maîtrise des leviers de l’Etat, l’ancien maire du Havre est devenu un obstacle entre Emmanuel Macron et ses soutiens de la première heure.

Edifice politique fragilisé

Dernière leçon de cette crise: les ressorts humains de l’administration Macron sont déréglés. On se souvient que, au tout début du quinquennat, le ministre de la Justice, François Bayrou, avait dû démissionner en raison de sa mise en cause pour l’emploi d’assistants parlementaires fictifs par son parti, le MoDem. Or Bayrou le centriste comme Collomb l’ex-socialiste constituaient le socle du large rassemblement réussi par l’actuel chef de l’Etat pour l’emporter à la présidentielle de mai 2017. Ce socle, désormais, est clairement fissuré. Et tout l’édifice politique qui repose dessus se retrouve fragilisé.