Confronté au plus fort taux de chômage – 12,6% de la population active – enregistré par l'Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et englué dans un contexte de croissance économique atone – le PIB a progressé de 1,6% en 2004 –, le gouvernement de Gerhard Schröder se trouve dans l'obligation de réagir et de montrer sa capacité à faire face à cette dérive et stopper cette stagnation. Il a donc présenté ce jeudi devant les députés du Bundestag son plan d'action pour résorber le chômage.

La première économie de la zone euro compte officiellement 5,2 millions de chômeurs. Ce chômage massif hypothèque lourdement les chances de la coalition rouge-verte lors des prochaines échéances électorales prévues en mai en Nord-Westphalie. En proposant son plan pour inciter les entreprises à embaucher et créer des emplois, le chancelier a d'emblée voulu frapper très fort en s'engageant à réformer la fiscalité des entreprises via un abaissement spectaculaire de l'impôt sur les sociétés de 25% à 19%. Outre ce dispositif, qui sera mis en place rapidement si les députés l'adoptent, le chef du gouvernement a annoncé pour l'automne prochain une réforme de la fiscalité qui allégerait la charge fiscale des PME.

Pour financer cette réduction de l'impôt sur les bénéfices, Gerhard Schröder a exclu de recourir à l'endettement, proposant plutôt de réduire les niches et les avantages fiscaux. Par exemple, il prévoit la suppression de la subvention accordée pour la construction ou l'achat d'une résidence ou d'un appartement. Cela devrait rapporter aux caisses de l'Etat entre 6 et 8 milliards d'euros qui seraient alors investis dans l'éducation et la recherche. Dans la foulée, il a proposé de supprimer environ 300 lois et ordonnances qui grèvent inutilement les entreprises en alourdissant leurs charges.

Alors que le ministre des Finances, Hans Eichel, avait plutôt manifesté une certaine réserve vis-à-vis de cette réforme, les instances européennes à Bruxelles ont exprimé leur satisfaction devant la volonté du gouvernement allemand d'alléger l'imposition des entreprises. Après celui appliqué au Japon et aux Etats-Unis, le taux d'imposition des entreprises en Allemagne est parmi les plus élevés des pays occidentaux. Il ne restait donc guère d'autres choix pour lutter contre les délocalisations, notamment en direction des dix nouveaux pays membres ayant rejoint l'Union européenne en mai dernier où la fiscalité très avantageuse des entreprises se situe aux alentours de 10%.

Poursuivant cette journée cruciale pour son avenir politique, le chancelier a ensuite rencontré – à leur demande – les dirigeants de l'opposition conservatrice pour leur présenter un bilan du programme de réforme dénommé «Agenda 2010» qu'il avait mis en place dans le courant de l'été 2003, ainsi que son programme en 20 points qui constituent les nouvelles mesures de relance de la croissance touchant les entreprises, les investissements, le marché de l'emploi et la protection sociale. Ces mesures prévoient la mise en place de crédits destinés à soutenir l'investissement via des crédits accordés par la banque publique KfW, un programme de développement des transports qui vise à soutenir les secteurs du bâtiment et des travaux publics en difficulté chronique. Ce programme bénéficiera d'un apport budgétaire de 2 milliards d'euros. Sur le plan social, Gerhard Schröder prévoit un programme de 250 millions d'euros pour venir en aide aux chômeurs de longue durée.

De leur côté, la dirigeante de la CDU, Angela Merkel et le leader de la CSU, Edmund Stoiber, très combatifs lors du débat au parlement, sont venus à ce rendez-vous avec un plan élaboré autour de 32 points présentés comme un train de mesures anti-bureaucratiques et libérales plus à même d'apporter une solution à la crise que connaît le pays.

A l'issue de cette rencontre qualifiée de «très intense», le gouvernement fédéral et l'opposition se sont mis d'accord sur les étapes communes concernant la lutte contre le chômage.