La tournée d'été du chancelier allemand, Gerhard Schröder, dans l'ancienne Allemagne de l'Est, prévue depuis déjà plus de six mois, risque de se transformer en croisade contre le racisme et contre les violences xénophobes. L'attentat dans le métro de Düsseldorf (encore non élucidé), qui avait blessé dix étrangers le 17 juillet dernier, a en effet déclenché une vague de protestations à travers tout le pays. Il a relancé l'éternel débat autour de l'interdiction des partis d'extrême droite en Allemagne.

Dans les petits villages, les étrangers en danger

Sous la pression des médias et de la classe politique, le chancelier ne pouvait décemment pas éviter d'aborder le sujet dans une région où le sujet est plus sensible qu'ailleurs, même s'il concerne l'Allemagne dans son ensemble. Dimanche, Gerhard Schröder s'est d'ailleurs prononcé pour l'interdiction du NPD, un parti d'extrême droite antiparlementaire, qui s'est distingué dernièrement lors de manifestations, autorisées par la justice, sous la Porte de Brandebourg à Berlin. «Nous ne pouvons admettre dans notre pays que des gens soient insultés, dans la rue, frappés, voire assassinés à cause de leur langue, de leur religion ou de la couleur de leur peau», a notamment déclaré le chancelier.

Ce qui est sûr, c'est que dans les régions de l'est qu'il traversera, les étrangers ne se sentent plus en sécurité, notamment dans les petits villages. «Le centre de gravité des violences d'extrême droite reste clairement dans les Länder de l'est», a confirmé l'Office de protection de la Constitution dans son rapport 1999. «Il existe des groupes actifs dans les petites communes», ajoute l'organisme. Les agressions y sont pratiquement quotidiennes. Elles ne font plus la une des journaux qu'en cas de décès de la victime. Beaucoup d'observateurs estiment que cette région n'est plus recommandable aux gens de couleur. «Un Vietnamien qui se promène aujourd'hui dans les rues après 20 heures met sa vie en danger», rapportent les habitants de l'ex-RDA. En Saxe-Anhalt, où le taux d'étrangers ne dépasse pourtant pas 1,7% de la population, le nombre d'agressions est cinq fois supérieur à celui enregistré en Rhénanie-du-Nord-Westphalie qui compte 11% d'étrangers. La violence xénophobe est aussi un réel problème d'image pour la région, qui fait craindre aux responsables politiques une fuite des investissements étrangers.

Le voyage du chancelier, qui intervient un mois avant les 10 ans de la réunification (3 octobre 1990), sera un exercice difficile car il sera suivi de très près par les médias. Gerhard Schröder devra en effet condamner la xénophobie ambiante sans pour autant faire des ex-Allemands de l'Est les boucs émissaires du racisme. L'extrémisme de droite est un problème qui concerne toute l'Allemagne, a tenu à souligner Uwe-Karsten Heye, le porte-parole du gouvernement. S'ils recrutent principalement dans l'est parmi les jeunes désœuvrés, les trois partis d'extrême droite autorisés trouvent leurs racines dans l'ouest.

Gerhard Schröder ne peut pas non plus ignorer une situation économique et sociale très difficile dans la région. Une véritable «expédition en territoire inconnu» pour le chancelier social-démocrate, estime l'hebdomadaire Der Spiegel. L'est de l'Allemagne est en effet loin d'être «fleuri» comme l'avait prophétisé un peu vite l'ancien chancelier Helmut Kohl. L'ex-RDA n'a pas réussi à recréer un grand centre économique comme on l'avait espéré. L'édition et la distribution sont restées à Hambourg, la finance à Francfort, le high-tech et l'économie cinématographique à Munich.

Taux de chômage très élevé

Le résultat des restructurations a engendré un taux de chômage deux fois plus important que dans l'ouest (un actif sur cinq est sans travail) et la croissance économique est repassée au-dessous de celle d'«anciens Länder». Si les habitants de l'ancienne République démocratique allemande ne connaissent pas le sort dramatique de leurs anciens camarades soviétiques, ils souffrent par contre d'une grave perte d'identité et beaucoup estiment être les laissés-pour-compte de la réunification. Il faut se rendre à l'évidence: leur économie appartient désormais à leurs compatriotes de l'ouest. Près de 95% des installations industrielles sont en effet passées aux mains des «Occidentaux».

Gerhard Schröder a parlé d'un pacte de solidarité en assurant aux ex-Allemands de l'Est que les aides publiques se poursuivront jusqu'en 2005. Les transferts d'ouest en est atteignent déjà 1000 milliards de francs suisses depuis 1991, soit l'équivalent de pratiquement deux budgets annuels d'un pays comme la France…