Allemagne

Gerhard Schröder, une ambition financière encombrante pour son parti

L’ancien chancelier veut rejoindre la direction de la société pétrolière russe Rosneft. L’information tombe au plus mauvais moment pour le champion des sociaux-démocrates Martin Schulz

Gerhard Schröder n’a jamais caché ses ambitions en affaires. Après s’être consacré pendant des années (de 1998 à 2005) à son pays en tant que chancelier, l’heure lui a semblé venue, après sa défaite face à Angela Merkel, de «gagner enfin correctement» sa vie en rejoignant le monde de l’entreprise. L’annonce fin juillet de sa postulation au Conseil de Surveillance de la société russe Rosneft plombe un peu plus la campagne des sociaux-démocrates allemands, alors que la CDU d’Angela Merkel caracole toujours largement en tête des intentions de vote.

La reconversion de Gerhard Schröder remonte à décembre 2005. L’ancien avocat accepte alors de son «ami Poutine» un poste au sein de la direction de Nord-Stream, filiale du groupe russe Gazprom. L’affaire fait à l’époque grand bruit, l’opposition évoque un conflit d’intérêts: lorsqu’il était au pouvoir, Schröder s’était engagé en faveur de ce projet de pipeline très contesté notamment en Pologne et dans les pays baltes.

En pleine campagne électorale

Cette fois, c’est en pleine campagne électorale que ressurgit le nom de l’ancien chancelier. Fin août, le premier ministre russe Dimitri Medvedev annonçait la candidature de Gerhard Schröder à un poste au sein du Conseil de surveillance de la compagnie pétrolière russe Rosneft, née du démantèlement de Youkos après l’arrestation de l’apparatchik critique Michail Chodorkowski. A la clé, une rémunération de 500 000 dollars, pour la participation à quelques réunions par an.

Pour le parti social-démocrate allemand SPD, que Schröder a dirigé de 1999 à 2004, cette annonce tombe au plus mauvais moment, et handicape la difficile campagne de Martin Schulz, le challenger d’Angela Merkel en vue des législatives de fin septembre. «Schröder a miné le chemin que Schulz doit encore parcourir jusqu’au 24 septembre», estime le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung dans un éditorial. A ces critiques, l’ancien chancelier rétorque que l’Allemagne a besoin d’entretenir de bonnes relations avec la Russie. «La démonisation de la Russie n’aidera personne», estime Schröder. A ses yeux, le vrai danger vient des Etats Unis de Donald Trump.

Une entreprise sous sanctions européennes

Les ambitions de Schröder chez Rosneft sont à plusieurs égards problématiques pour sa formation. Le choix de la société tout d’abord. Rosneft est considérée en Allemagne – mais aussi par Bruxelles et les Etats Unis – comme un instrument politique aux mains de Vladimir Poutine. Elle est engagée au Venezuela où la compagnie maintient le régime Maduro sous perfusion financière. Surtout, elle figure sur la liste des entreprises sanctionnées par les Américains et les Européens depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Gerhard Schröder n’est par ailleurs pas n’importe quel citoyen allemand: une partie de l’opinion aimerait que le seul ancien chancelier encore en vie se présente en autorité morale, comme Helmut Schmidt l’avait fait avant lui.

Mais après sa défaite Gerhard Schröder s’est quasiment retiré de la vie politique. Depuis le début de la campagne en vue des législatives, il n’a participé qu’à deux meetings dans son fief de Basse-Saxe, à la demande de candidats amis et on ne le verra pas aux côtés de Martin Schulz, qui a publiquement désapprouvé sa candidature chez Rosneft.

Pour le SPD, l’ancien chancelier a plus que jamais des allures de boulet. Les sociaux-démocrates allemands ont toujours le plus grand mal à assumer l’héritage des réformes d’inspiration libérale adoptées lorsqu’il était au gouvernement. La réforme dite Hartz IV – une réduction radicale des indemnités chômage – est notamment responsable de la fuite de dizaines de milliers de militants. Le parti est passé depuis 2005 de 600 000 à 432 000 membres.

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