L’autre jour, ils étaient une trentaine, réunis dans un hôtel genevois pour échanger leurs vues mais aussi tenter d’ébaucher des solutions. A Genève comme à Paris ou à Berlin, les Algériens de la diaspora se mobilisent à coups de réunions et manifestations pour apporter leur soutien au Hirak, ce «mouvement» qui, depuis plus d’un an, n’en finit plus de contester le système algérien. Les explications de Ghani Mahdi, ex-candidat à l’élection présidentielle de l’année dernière.

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Le Temps: Vous avez récemment organisé à Genève une «conférence de l’opposition algérienne». Dans quel but?

Ghani Mahdi: Nous essayons de mettre les forces vives de l’extérieur, ainsi que des porte-voix de divers secteurs, au service du Hirak. Il s’agit non seulement de montrer notre soutien à la population algérienne mais aussi de faire pression sur les gouvernements européens et américain pour que, malgré le pétrole, malgré les contrats économiques et malgré la bienveillance affichée à l’égard du régime algérien, on se mette enfin à écouter ce que réclament les gens. Il s’agit aussi d’apporter un soutien moral et financier aux détenus, qui ne sont pas des prisonniers politiques mais des «otages». Toutes les voix qui s’élèvent aujourd’hui en Algérie sont tues. Et cela n’a fait que s’empirer ces derniers jours, notamment lors de la Journée de la femme, qui a donné lieu à une violente répression policière.

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Pour revenir à votre réunion, vous avez insisté sur l’importance qu’elle se soit tenue à Genève. Pour quelle raison?

Genève joue depuis longtemps un rôle central pour les Algériens. Cette ville était la base de lancement des Accords d’Evian (pour mettre fin à la guerre d’Algérie, en 1962) et c’est d’ici que partaient le matin les négociateurs algériens, à bord d’hélicoptères mis à disposition par la France. Pour les Ben Bella, les Boumédiène, les Bouteflika, Genève a toujours été incontournable. 

Une particularité du Hirak est celle de refuser de se donner des chefs de file. Comment, dès lors, le soutenir?

Le régime algérien est passé maître dans l’art de la récupération, comme il l’a fait notamment par le passé avec le mouvement kabyle. C’est la raison d’une très grande méfiance. Aujourd’hui, nous pouvons apporter un soutien logistique mais accroître aussi la pression diplomatique. S’ils n’écoutent pas les Algériens, les mafieux au pouvoir ont toutefois peur des Etats-Unis, de la France, de la Suisse ou de la Russie. Leurs biens et leurs enfants sont à l’étranger, et souvent en France. Il suffirait qu’Emmanuel Macron leur dise de dégager du pouvoir et ils le feraient. Ils n’ont pas le choix.

Concrètement, comment sortir de ce bras de fer qui paraît stérile?

Nous sommes ouverts à l’établissement d’une feuille de route et à l’ouverture de négociations, même avec les militaires. Les parlementaires ne représentent pas le peuple mais sont le produit d’intérêts économiques qui fermaient les yeux et étaient prêts à tout accepter, même à offrir un 5e mandat à Bouteflika. Nos recommandations consistent à libérer les détenus, à ouvrir les médias et à faire disparaître les partis politiques qui ont accompagné ce régime. Un parlement élu démocratiquement, dans un vrai climat de liberté, pourrait choisir un chef de gouvernement pour une période de transition de deux ans. Ensuite auraient lieu les élections présidentielles. C’est à ce moment que l’on pourra parler d’une reconstruction de l’Algérie.

Le régime n’a-t-il pas donné des gages d’une certaine ouverture en emprisonnant par exemple des membres du clan Bouteflika?

C’est une pure mascarade. Les militaires restent au pouvoir et ils ont décidé de mettre quelques voleurs en prison pour mieux faire sortir de leur chapeau d’autres voleurs. Nous sommes devant des guerres intestines qui n’intéressent pas le Hirak.

La contestation ne finira-t-elle pas par s’épuiser?

Cela durera tant que le régime sera en place. Certains des jeunes qui manifestent toutes les semaines n’ont pas de logement, pas de travail, pas d’argent, pas d’espoir. On ne peut pas les berner avec des promesses vides. Mais le risque, c’est que la violence arrive. Face aux insultes au quotidien, au tabassage des forces de sécurité, viendra un jour où la réaction sera violente. L’Occident doit ouvrir les yeux et cesser de soutenir ce régime avant qu’il ne soit trop tard. Faute de réaction, il va devoir faire face à l’arrivée de 2 ou 3 millions de réfugiés qui ne verront d’autre issue que de quitter leur pays.