Deuxième semaine du procès de Ghislaine Maxwell et trois nouveaux témoignages de jeunes filles tombées dans ses filets. Après «Jane», ce sont «Kate», «Carolyn» et Annie Farmer – la seule à apparaître sous son vrai nom – qui ont décrit cette semaine leurs relations avec le multimillionnaire Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, sa présumée complice. Jeffrey Epstein s’étant pendu dans sa cellule en été 2019, Ghislaine Maxwell est seule à comparaître devant la justice. Accusée de trafic de mineures et d’incitation à la prostitution – elle aurait recruté des dizaines de jeunes filles entre 1994 et 2004 pour satisfaire l’appétit sexuel d’Epstein –, elle risque la perpétuité. Dès lundi, ses avocats entreront en scène.

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Deux sœurs ignorées

Vendredi, Annie Farmer, aujourd’hui psychothérapeute, a témoigné à la barre. Elle avait qualifié Ghislaine Maxwell de «prédatrice sexuelle qui a conditionné et abusé d’innombrables jeunes filles» lors de l’arrestation de cette dernière en juillet 2020. Sa sœur Maria, une artiste peintre, avait à la fin des années 1990 déjà osé dénoncer les agressions de Jeffrey Epstein, en se confiant au FBI. Mais les forces de l’ordre n’ont jamais donné suite à ses accusations.

En août 2019, Maria et Annie Farmer ont livré leur témoignage au New York Times. La première racontait déjà que Ghislaine Maxwell jouait le rôle de rabatteuse pour son ami. Engagée par Epstein pour acheter des œuvres d’art, c’est elle qui a présenté sa sœur Annie, 16 ans à l’époque, au multimillionnaire, le voyant avant tout comme un philanthrope capable de les aider. Mais les sœurs ont très vite déchanté.

Maria a révélé s’être un jour fait violemment agresser par le couple dans un lit. Elle a pris peur et a fui. Puis elle a compris qu’Annie avait été elle aussi abusée, dans un ranch au Nouveau-Mexique. Cette dernière l’a confirmé vendredi devant les jurés. C’est dans ce ranch que Ghislaine Maxwell lui a dit de monter sur une table de massage. «Elle a tiré le drap vers le bas, a dévoilé mes seins et a commencé à masser ma poitrine», a souligné Annie Farmer, 42 ans. Les deux sœurs ont à plusieurs reprises cherché à dénoncer le couple. Sans succès. En 2003, Vanity Fair avait refusé de publier leur témoignage. Elles disent avoir subi des pressions et menaces de la part de Ghislaine Maxwell.

Donald Trump comme ami

L’acte d’accusation se base sur les plaintes de quatre femmes. Toutes se sont désormais exprimées devant le tribunal new-yorkais. «Kate», issue d’une famille aisée, est la seule à avoir atteint la majorité sexuelle au moment des faits: elle avait 17 ans. Elle ne peut donc pas être considérée comme «victime», a prévenu la juge Alison Nathan en début de semaine. Son témoignage permettra en revanche aux jurés de mieux cerner l’univers du couple Maxwell-Epstein. Et le rôle de l’accusée.

«Kate» rêvait d’une carrière dans le monde du spectacle. Un ancien petit ami l’a présentée à Ghislaine Maxwell à Paris, en 1994. Elle vivait alors à Londres, avec une mère malade. Rapidement, elle est «impressionnée» par cette femme «sophistiquée et très élégante». Elles se revoient à Londres, cette fois pour rencontrer le «philanthrope» Jeffrey Epstein. Vient la demande d’un premier massage. Epaules et pieds. La deuxième fois, le financier est nu. Ils sont seuls dans une chambre. Le massage devient un acte sexuel. «Je ne voulais pas admettre ce qui m’arrivait […] Je craignais de partir parce que je savais à quel point ils avaient des connexions», a témoigné «Kate». «Ghislaine Maxwell semblait connaître tout le monde […] Elle m’avait dit qu’elle avait le prince Andrew et Donald Trump pour amis.»

Trois fois par jour

«Kate» voyage, est invitée dans les différentes résidences d’Epstein, y voit d’autres filles. Elle décrit Maxwell comme «étrange»: «Elle se comportait comme une petite fille, j’avais parfois l’impression qu’elle était plus jeune que moi.» Ghislaine Maxwell lui fait comprendre qu’Epstein a besoin d’environ trois rapports sexuels par jour. Et lui demande si elle connaît d’autres filles «mignonnes, jeunes et jolies», comme elle. «Kate» dit ne jamais avoir joué un rôle de recruteuse. Elle s’est à peine démontée quand les avocats de Maxwell ont mis en avant ses problèmes d’addictions (alcool, cocaïne et somnifères), et a répliqué qu’elle était sobre depuis mai 2003. Elle ne cache pas avoir touché 3,25 millions de dollars du «fonds Epstein» mis en place pour les victimes à partir de la fortune du millionnaire.

Mardi, «Carolyn», qui dit s’être rendue «plus de 100 fois» dans la résidence d’Epstein à Palm Beach entre ses 14 et 18 ans, a évoqué à son tour le rituel des massages. Elle recevait à chaque fois 300 dollars, qui lui servaient surtout à se procurer de la drogue. Elle a été recrutée par une autre victime, Virginia Roberts Giuffre, l’Américaine qui a déposé plainte en 2021 contre le prince Andrew, et dont il est beaucoup question au procès alors qu’elle ne témoigne pas.

«Carolyn», qui a travaillé pour un service d’escortes puis comme strip-teaseuse, a, comme beaucoup d’autres «victimes», eu une enfance difficile. Une mère alcoolique et toxicomane. Un grand-père qui l’a violée à l’âge de 4 ans. Elle l’a confié à Ghislaine Maxwell. A part Epstein, Ghislaine Maxwell et «deux de leurs amis» l’ont vue nue, a-t-elle précisé au tribunal. Sans donner de noms. «Carolyn» a elle aussi touché de l’argent du «fonds Epstein»: plus d’un million de dollars. Une somme similaire à celle obtenue par Annie Farmer.

Il aura d’ailleurs beaucoup été question de millions cette semaine. Patrick McHugh, directeur exécutif de JP Morgan, a par exemple évoqué les millions transférés par Jeffrey Epstein à Ghislaine Maxwell. Dont 7,4 millions en 2007, qui ont permis à l’accusée de s’acheter un hélicoptère, «Air Ghislaine». Des dizaines de photos ont aussi été montrées, où l’on voit Ghislaine Maxwell embrasser Jeffrey Epstein ou lui faisant des massages de pieds dans un jet privé: les procureurs veulent démontrer qu’elle n’était pas qu’une simple assistante et amie.

Une journée d’audience a été annulée jeudi parce qu’un avocat était malade. Ghislaine Maxwell, qui cherche à démontrer qu’elle avait depuis longtemps pris ses distances avec Epstein, va-t-elle vouloir s’exprimer durant le procès? Ses avocats tentent de l’en dissuader. Mais c’est à elle seule que reviendra la décision finale.