aSans sécurité, pas de nouvel Irak. Tous les partis politiques représentés à Bagdad sont au moins d'accord sur une chose: si les enlèvements, les assassinats ciblés, les attentats et le banditisme ne diminuent pas, la crédibilité du nouveau gouvernement fera long feu. Fait étonnant dans ce pays ébranlé par les images de torture infligées aux détenus de la prison d'Abou Ghraib, le maintien des troupes étrangères d'occupation est un sujet que beaucoup préfèrent aujourd'hui esquiver. L'image des soldats américains, c'est évident, s'est considérablement détériorée après l'affaire d'Abou Ghraib et les images du siège sanglant de Falloujah. «La fosse qui s'est creusée est la pour durer» confirme un diplomate européen. Pour autant, rares sont les Bagdadis à revendiquer haut et fort le départ des 150 000 hommes de la coalition. Leur maintien, au moins jusqu'aux élections générales prévues au plus tard au début de l'année 2005, est désormais vécu comme un mal nécessaire. Ali al-Mandalawi, doyen turkmène de la faculté de biologie de Bagdad est de cet avis: «Nous sommes devenus pragmatiques explique-t-il. Personne ne fait vraiment confiance à la nouvelle police irakienne pour assurer notre sécurité. Quand a notre armée, sa remise sur pied est trop chaotique pour être fiable. Résultat: les GI sont haïs et indispensables à la fois».

Les jours prochains vont mettre ce pragmatisme à l'épreuve. Officiellement, les négociations doivent commencer la semaine prochaine entre l'Etat Major de la Coalition et le nouveau cabinet, bien décidé à obtenir une sorte de droit de veto, ou au moins un contrôle sur les opérations militaires des Américains et de leurs alliés. Le débat sur la nature et le mandat des 150 000 hommes actuellement déployés a travers le pays va aussi se poursuivre au Conseil de sécurité des Nations Unies qui devra, après avoir été briefé ce week-end par les nouveaux dirigeants irakiens et par l'émissaire de l'ONU Lakhdar Brahimi, décider ou non de fixer une date butoir aux troupes d'occupation. Les jours à venir s'annoncent aussi cruciaux sur le terrain. Après le retour au calme constate à Falloujah, où les Marines se sont retirés, laissant la gestion de la sécurité de la ville à un général de l'ex armée irakienne, un changement de stratégie semble se confirmer.

A Bagdad par exemple, la première division de cavalerie a diminué ses patrouilles pour se concentrer sur des missions de protection et des interventions ponctuelles. Cela n'empêche bien sûr pas les affrontements. Quatre soldats ont ainsi été tués vendredi dans une attaque survenue aux confins de Sadr city, le faubourg populaire et chiite de Bagdad contrôle par la milice de l'armée du Mehdi fidèle au jeune chef religieux Moktada Sadr. Mais en adoptant un profil bas, les GI évitent le piège des frictions quotidiennes avec la population. Ils ne se confrontent plus au mécontentement quotidien des gens, qui promet d'augmenter avec l'arrivée des grosses chaleurs et les pénuries d'électricité. Un changement qui, s'il s'accompagne de concessions sur le commandement et d'un calendrier de retrait, devrait faciliter la tache aux autorités irakiennes après la passation de pouvoirs du 30 juin: «C'est dans l'intérêt des américains d'arriver a un accord pour changer leur image de forces occupantes a celle de forces amies» a commenté vendredi l'ancien ministre de l'intérieur Samir al-Soumaydai.