Même le GIA? Après la trêve unilatéralement proclamée par l'Armée islamique du salut (AIS) il y a deux ans, après les déclarations encourageantes du président algérien Abdelaziz Bouteflika, samedi dernier au Forum économique de Crans-Montana, qui a annoncé l'amnistie prochaine de «milliers» d'islamistes emprisonnés, voilà que le Groupe islamique armé propose de déposer les armes, selon le quotidien El Acil de jeudi. Le plus radical des groupes armés algériens, craignant visiblement l'isolement, aurait posé six conditions pour se «joindre à la trêve» et bénéficier des mesures de la loi sur la «concorde civile» actuellement en débat au parlement.

Le GIA d'Antar Zouabri – qui a menacé récemment la Belgique d'un «bain de sang» si elle ne libère pas ses militants arrêtés et ne récupère pas ceux qui ont été extradés – demande la garantie de sécurité pour ses hommes et l'amélioration des conditions sociales de leurs familles, la libération des prisonniers en Algérie et à l'étranger, l'intégration de ses hommes dans les rangs des forces de sécurité. Il demande également la réintégration des travailleurs licenciés pour avoir participé à la grève générale et aux manifestations islamistes de mai-juin 1991 et l'amélioration des conditions sociales des familles des islamistes armés, notamment des compensations financières, selon El Acil.

La condition qui risque de poser problème est celle de l'intégration des hommes du GIA dans les forces de sécurité. Sur ce point, même l'AIS pourrait ne pas obtenir satisfaction. Seuls les éléments de l'AIS n'ayant pas de sang sur les mains peuvent espérer, au mieux, une réintégration dans les circuits économiques et sociaux. Ceux du GIA étant réputés pour avoir tous des crimes de sang sur la conscience, leur réintégration dans la vie civile paraît exclue a priori. Toutefois, la concorde civile devant semble-t-il primer dorénavant l'esprit de revanche, les islamistes criminels, qu'ils appartiennent à l'AIS ou au GIA, pourraient bénéficier d'une grâce amnistiante du président algérien une fois condamnés.

Les populations civiles qui ont eu à souffrir et souffrent encore des exactions du GIA, les «laïcs» francophones qui ont toujours combattu toute idée de dialogue avec les islamistes, avaleront-ils cette «concorde civile», pour eux une trahison?