Bilan des violences dimanche matin: 133 blessés (dont 23 parmi les forces de l'ordre), 412 personnes interpellées, et 378 placées en garde à vue (9h45, Préfecture de police de Paris via AFP)


Emmanuel Macron convoque dimanche une réunion d’urgence à l’Elysée au lendemain des scènes de guérilla urbaine à Paris qui ont marqué une nouvelle escalade dans le conflit des «gilets jaunes» devenu une crise politique majeure.

Arrivé sur le sol français en fin de matinée en provenance du sommet du G20 en Argentine, le chef de l’Etat va retrouver le premier ministre Edouard Philippe, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et «les services compétents» pour tenter de trouver une réponse à un mouvement qui semble avoir échappé à tout contrôle.

A l'Arc de Triomphe

Mais il s'est d'abord rendu dimanche matin à l'Arc de Triomphe, place de l'Étoile à Paris, théâtre de violences et de dégradations samedi. Le chef de l'État s'est notamment rendu au pied de la tombe du soldat inconnu, accompagné du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et du secrétaire d'État Laurent Nuñez. Egalement entouré du président du Centre des monuments nationaux Philippe Bélaval, M. Macron s'est entretenu avec des membres du comité de la flamme devant la tombe du soldat inconnu. Il s'est ensuite rendu à l'intérieur du monument dégradé samedi.

«Dès son arrivée en France au retour du G20, le président a souhaité se rendre sur les lieux où les plus gros dégâts ont été constatés», a indiqué l'Élysée. Le président devait ensuite rencontrer des pompiers et des forces de l'ordre sur l'avenue Kleber (16e arrondissement) également marquée par les violences et les dégradations de samedi.

Scènes de guerre à Paris

Samedi soir, alors que des voitures brûlaient en plein Paris, Emmanuel Macron a déclaré depuis Buenos Aires qu’il «n’accepterait jamais la violence». Selon lui, celle-ci n’a «rien à voir avec l’expression d’une colère légitime», celles des «gilets jaunes» protestant au départ contre la hausse des carburants et la baisse du pouvoir d’achat.

L’ampleur des violences, qui ont fait une centaine de blessés, a conduit Edouard Philippe à annuler son déplacement en Pologne pour le sommet sur le climat COP 24. Il s’est rendu dès samedi soir dans un commissariat parisien pour remercier les forces de l’ordre.

Dans l’immédiat, la réponse de l’exécutif a d’abord été celle de la fermeté. «Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos. Ils seront identifiés et tenus responsables de leurs actes devant la justice», a insisté Emmanuel Macron, alors que Christophe Castaner n’a pas écarté la possibilité d’instaurer l’état d’urgence.

Mais l’opposition et une partie des «gilets jaunes», mouvement protéiforme sans structure ni leader clairement désigné, réclament d’abord un geste fort au gouvernement, à commencer par un moratoire ou un gel de la hausse des taxes sur les carburants.

Casse-tête politique et récupération

A droite, le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a réitéré son appel à un référendum sur la politique écologique et fiscale d’Emmanuel Macron. Marine Le Pen a demandé à être reçue par M. Macron avec les autres chefs de partis politiques d’opposition.

A gauche, le patron du PS, Olivier Faure, a réclamé des États généraux sur le pouvoir d’achat. Benoît Hamon, chef de Génération-s, a demandé un dialogue national avec les «gilets jaunes», les syndicats et les ONG sur le pouvoir d’achat, la répartition des richesses et la transition écologique.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de la France insoumise, il a appelé à rétablir l’impôt sur la fortune, tout en applaudissant «l’insurrection citoyenne» qui «fait trembler la macronie et le monde du fric».

Face à ces revendications, pour la plupart sur la table depuis plusieurs jours, le gouvernement est jusque-là resté inflexible.

Encore possible de maintenir le cap?

Alors que les premiers heurts éclataient sur les Champs Elysées, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a ainsi répété samedi matin que le cap allait être maintenu, tout en rappelant les mesures d’aide (chèque énergie, prime à la conversion) déjà annoncées par le gouvernement ces derniers jours.

«J’ai entendu ceux qui me disent que le 15 du mois, ils sont dans le rouge à la banque. Mais nous réparons le pays pas à pas. Nous le faisons avec sérieux et nous ne reportons pas nos choix sur la génération future», a-t-il développé.

Samedi soir, M. Castaner a seulement reconnu que le gouvernement s’était «planté sur un certain nombre de séquences de communication et de pédagogie, notamment sur l’enjeu de se sortir du tout pétrole».

Emmanuel Macron, qui a bâti une partie de son capital politique sur sa capacité réformatrice, n’a, lui, eu de cesse de clamer qu’il ne reculerait pas, contrairement, selon lui, à ses prédécesseurs.

Mais cette position peut-elle résister aux événements de samedi, alors que plusieurs élus de la majorité, parfois mis à rude épreuve dans leurs circonscriptions, ont demandé un adoucissement de la politique gouvernementale ?

Un 4e jour de protestation, samedi prochain?

Sur Facebook, plusieurs appels ont été lancés pour manifester à nouveau samedi prochain à Paris tandis que des professionnels de l'hôtellerie, du tourisme et du commerce appellent dimanche le gouvernement à rétablir un "climat favorable à l'activité économique".