France 

«Gilets jaunes»: plus de 287 000 manifestants contre la hausse des taxes sur le carburant

Plus de 2000 rassemblements parfois tendus ont été organisés depuis samedi matin dans toute la France. Ils ont entraîné des accidents faisant un mort et 400 blessés 

Plus de 400 personnes ont été blessées, dont 14 gravement, dans les différents blocages organisés depuis samedi matin en France par les «gilets jaunes», a annoncé dimanche sur RTL le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Un nouveau bilan qui prend en compte une nuit «agitée sur certains sites», a-t-il précisé. Quelque 3 500 personnes sont restées mobilisées cette nuit, «sur 87 lieux différents». L'incident le plus grave était intervenu dès le samedi matin avec la mort d'une femme renversée par une automobiliste en Savoie sur un barrage. 

Pour protester contre la politique du président Emmanuel Macron et du gouvernement, les manifestants ont bloqué des autoroutes, des ronds-points, des hypermarchés ou organisé des opérations de péage gratuit dans l'ensemble du pays. Dimanche matin, le ministre a revu à la hausse le nombre de participants à ce mouvement, avec «287 710 personnes comptabilisées sur 2 034 sites». Les forces de l'ordre ont interpellé au total 282 personnes dont 73 pendant la nuit, ce qui a donné lieu à 157 gardes à vue.

Lire aussi: C'est Macron qui a organisé tout ça!

Les «gilets jaunes» n'ont pas réussi à bloquer la France comme ils le voulaient, mais tout le territoire a été touché par leurs actions, ce qui représente un succès certain pour ce mouvement, parti des réseaux sociaux et organisé en dehors des partis politiques et des syndicats. Le nom du mouvement est une référence aux vestes jaunes que tout automobiliste doit détenir dans son véhicule afin de se rendre visible en cas d'accident.

«SOS d'une nation en détresse»

«Nous sommes là, c'est le peuple. Nous, les petits ouvriers, on ne peut plus vivre», a déclaré Evelyne Raliere Binet, qui participait au blocage d'une autoroute dans le Jura (est) où on pouvait lire sur une banderole: «SOS d'une nation en détresse». Premier responsable syndical à s'exprimer, le patron de la CFDT Laurent Berger a appelé dans un tweet le président Macron à «réunir très rapidement» syndicats, patronat et associations «pour construire un pacte social de la conversion écologique». 

A Paris, la célèbre avenue des Champs-Elysées a été partiellement bloquée, et plusieurs centaines de manifestants ont convergé vers le palais présidentiel de l'Elysée dans le but de crier leur colère sous les fenêtres d'Emmanuel Macron. Ils ont été stoppés à quelques encablures du palais par les forces de l'ordre qui ont usé de grenades lacrymogènes. Après plusieurs heures de tensions entre manifestants et forces de l'ordre dans ce quartier de l'Élysée, la majorité des «gilets jaunes» s'est dispersée. 

Le ministre de la Transition écologique François de Rugy a annoncé que le gouvernement poursuivrait «la trajectoire prévue» en matière de fiscalité écologique, dans une interview au quotidien Le Parisien. Les autorités s'inquiétaient de la poursuite du mouvement dans la nuit. «Les manifestations, aujourd'hui bon enfant, ce soir se transforment avec l'arrivée de casseurs», a déploré Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), précisant que des cocktails Molotov avaient été jetés contre les forces de l'ordre.

Baisse du pouvoir d'achat

Dans l'opposition, certains sont descendus dans la rue: Laurent Wauquiez, le chef du parti d'opposition Les Républicains (LR, droite), a appelé M. Macron à comprendre et «corriger ses erreurs». Des élus du Rassemblement national (extrême droite) étaient également présents aux côtés des «gilets jaunes», mais pas Marine Le Pen. Des Insoumis (gauche radicale) participaient aussi aux manifestations. Leur leader Jean-Luc Mélenchon a critiqué sur Twitter une «manipulation des chiffres de participation» et une «dramatisation» de la part du gouvernement.

A l'initiative de cette colère, des membres de la société civile se sont mobilisés contre la hausse du prix des carburants avant que les motifs de grief ne s'élargissent à une dénonciation plus globale de la politique du gouvernement en matière de taxation et à la baisse du pouvoir d'achat. Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d'euro par litre et celles sur l'essence de 2,9 centimes. Le président Macron a encore perdu en novembre 4 points de popularité, au plus bas à 25%, selon un sondage Ifop publié dans l'hebdomadaire Le Journal du Dimanche.

Lire aussi: Les «gilets jaunes», routes bloquées et parole libérée

Publicité