Le mouvement des «gilets jaunes», ces manifestants français exaspérés par la hausse des taxes sur les carburants, est entré mercredi dans sa cinquième journée, tandis que l'exécutif alterne appels au dialogue et accusations de radicalisation.

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Directement interpellé au long des manifestations, le président français Emmanuel Macron, en visite d'Etat en Belgique, a prôné mardi le «dialogue» pour convaincre les protestataires de cesser leurs blocages d'autoroutes et de dépôts pétroliers, dont les forces de l'ordre s'emploient à dégager les accès. Il a jugé «normal» qu'il y ait des protestations, répétant que le gouvernement souhaitait à la fois «taxer davantage les énergies fossiles» et avoir «un accompagnement des plus modestes». 

«Nous gagnerons par la cohérence, la constance et la détermination», a assuré le Premier ministre Edouard Philippe aux députés de La République en Marche (LREM, le parti au pouvoir), selon des participants à cette rencontre.  Dans la journée, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a affirmé qu'il y avait une «dérive totale» des manifestations et une «radicalisation», soulignant «un très, très grand nombre de blessés». 

Deux morts depuis samedi

Un motard, blessé lundi dans le sud-est dans une collision avec une camionnette qui manoeuvrait pour éviter un barrage, est décédé mardi. Depuis le début de cette mobilisation contre la hausse des prix du carburant qui s'est développée hors de tout cadre syndical ou politique, il y a eu au cours des manifestations deux morts et quelque 530 blessés, dont 17 graves. 

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Aucun chiffre officiel de participants n'était disponible mardi, mais une source policière évoquait quelque 10 500 manifestants à travers la France en début de matinée. Ils étaient 27 000 lundi, 290 000 samedi. 

Et le mouvement pourrait se poursuivre dans les prochains jours: des appels à bloquer Paris samedi se multiplient sur les réseaux sociaux. Certains appellent à un «Acte 2» avec une manifestation nationale ce jour-là sur la place de la Concorde, dans le centre de la capitale.
Plus de 29 000 personnes se sont déclarées comme «participants» à cet événement créé sur Facebook, et 195 000 s'y sont dites «intéressées». Le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a prévenu que la manifestation de Paris ne serait pas interdite, mais qu'elle ne pourrait pas se tenir sur la place de la Concorde pour des raisons de sécurité.

«Le mouvement ne s'essouffle pas», a assuré à l'AFP Olivier Garrigues, ouvrier agricole de 38 ans mobilisé dans la région toulousaine (sud-ouest). «Bien sûr, on est moins nombreux car les gens travaillent», concède-t-il. «Mais on est solidaire, on s'organise. Ceux qui travaillent le matin reviennent l'après-midi et vice-versa.»

«On va pas lâcher»

D'abord concentrés sur la hausse du prix des carburants, les griefs des «gilets jaunes» se sont élargis à une dénonciation plus globale en matière de taxation et de baisse du pouvoir d'achat.
Mardi, les manifestants les plus irréductibles ont poursuivi leurs actions: des barrages filtrants et des «opérations escargot» étaient signalés à proximité des péages, des échangeurs autoroutiers et sur des ronds-points dans plusieurs régions comme en Bretagne (ouest), dans le Grand-Est et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (sud-est). Campé sur l'autoroute A16 à Calais, Mickaël Noël affichait sa détermination: «On va pas lâcher. Ce soir, je suis là, toute la nuit encore».

La circulation restait perturbée sur plusieurs autoroutes et un péage à Virsac, sur l'axe Bordeaux-Paris, dans le sud-ouest, était toujours occupé. Dans la nuit de lundi à mardi, il avait été la cible de dégradations «très importantes», selon la société Vinci qui gère l'autoroute. Le mouvement a reçu mardi le soutien de la fédération Force ouvrière des transports, troisième organisation du secteur, qui a invité ses adhérents et sympathisants à se joindre au mouvement pour obtenir une «augmentation du pouvoir d'achat». 

La colère touche également la Réunion, une île française de l'océan Indien où un couvre-feu partiel a été instauré dans la moitié des communes après une nouvelle nuit de violences. 
Les forces de l'ordre se sont employés mardi à libérer l'accès à des dépôts et péages dans plusieurs régions, dans un climat parfois tendu. Une vingtaine de sites «stratégiques» ont ainsi été débloqués dans la journée, a indiqué le ministère de l'Intérieur.

Ce mouvement lancé sur les réseaux sociaux, qui a débuté le samedi 17 novembre et n'a pas de leader connu, est soutenu par près des trois quarts des Français, d'après plusieurs sondages.