revue de presse

Avec «Giorgaki», la Grèce retourne à un Papandréou

Les socialistes remportent 43,94% des voix (160 sièges), alors que le parti rival de la Nouvelle Démocratie (ND) chute à 33,49%, soit 91 sièges. C’est le pire score des conservateurs depuis 1974, selon ces résultats quasi définitifs

Les socialistes grecs ont remporté 43,94% des voix (160 sièges), alors que le parti rival Nouvelle Démocratie (ND) chute à 33,49%, soit 91 sièges. C’est le pire score des conservateurs depuis 1974.

Après cinq ans de règne conservateur, le Mouvement socialiste panhellénique (Pasok) de Georges Papandréou a ravi dimanche le pouvoir aux conservateurs du premier ministre sortant, Costas Caramanlis. Les partisans ont fait la fête toute la nuit, selon la Radio suisse romande, après avoir obtenu la majorité absolue au parlement monocaméral. «Ce qui devait arriver est arrivé, constate Radio France internationale. Annoncée par les instituts de sondages depuis des semaines, la victoire du Parti socialiste […] a provoqué une explosion de joie parmi les militants de gauche […]. Le temps d’une soirée, Athènes est devenue verte et blanche, comme les drapeaux du Pasok. On les voyait partout: sur les voitures et les motos parcourant les principales avenues à vive allure et klaxons à fond, mais surtout dans les mains des milliers de militants […]. Une joie énorme, mais tempérée quand même par ces militants qui avouent se rendre parfaitement bien compte du fait que les Grecs ont voté […] contre le gouvernement conservateur, mais pas nécessairement pour les socialistes.»

Le Monde souligne d’ailleurs la déclaration phare de M. Papandréou: «Rien ne sera facile.» Tandis que les propos de M. Caramanlis «ont été chargés d’émotion, écrit le journal grec Kathimerini. […] Il a endossé la responsabilité de son échec et annoncé que le processus de succession était lancé, en soulignant que la seule force qui avait compté était la relation de confiance avec les citoyens.»

Le quotidien conservateur Apogev­matini, cité et traduit par Eurotopics, se demandait d’ailleurs avant le week-end si les électeurs grecs étaient mûrs pour les élections: «Pour que quelqu’un puisse voter, il lui faut connaître les faits. Il lui faut connaître l’histoire politique qu’il a traversée. Il doit remarquer que cette histoire n’est pas celle des caméras de télévision… ou de la propagande partisane, mais celle de son jugement individuel, garanti par sa voix dans les urnes, indépendante de tout fanatisme et de ses intérêts personnels. Mais combien de citoyens remplissent ces critères?» D’autant que M. Papandréou «subira de fortes pressions, prédit le Times de Londres, pour qu’il tienne ses promesses de hausse de salaires et de pensions.»

Papandréou et Caramanlis «s’affrontaient pour la troisième fois, relève L’Express. Ils affichaient des programmes diamétralement opposés pour résorber un déficit budgétaire béant et une dette publique qui échappe à tout contrôle. Caramanlis prônait deux années d’austérité, au nom de la «responsabilité». Papandréou […] plaidait pour un alourdissement de la fiscalité sur les plus hauts revenus, proposant d’injecter trois milliards d’euros dans l’économie pour relancer la croissance et alimenter les recettes publiques.»

«A l’issue d’une cure d’opposition dont il a peiné à émerger», analyse le site de la RTBF, parce que battu à deux reprises en 2004 et 2007 par le conservateur Caramanlis, Papandréou – dont le père et le grand-père ont été premier ministre, rappelle Radio Canada – ramène donc aux affaires la formation qui a dominé le paysage politique grec de 1981 à 2004. Et d’évoquer le parcours de cette «dynastie»: «Petit-fils et homonyme du grand dirigeant centriste de l’après-guerre, M. Papandréou entre au parlement à 29 ans sous l’égide de son père, Andréas.» Mais «d’aucuns ne voient en lui qu’un héritier, rapporte Libération, et lui reprochent de manquer de caractère autant que de charisme».

«Il est parfois difficile de se faire un prénom quand on a un nom célèbre», écrit en revanche Le Figaro. Le nouvel homme fort de la Grèce, celui que l’on appelle «affectueusement «Giorgaki» («le petit Georges») n’aura pas eu ce souci». Car «la vie en Grèce est une histoire de famille, en politique comme dans les affaires et comme dans à peu près tous les secteurs de la société». Mais Georges Papandréou «n’en a pas moins une vraie singularité dans la classe politique grecque, créant son propre parcours, parfois dans l’épreuve, patiemment». «La première chose qui le distingue, remarque le quotidien français, est cet accent étranger indéfinissable et ses fautes dans la langue d’Homère. Sa famille ayant été contrainte de fuir la dictature des Colonels, «Giorgaki» est né aux Etats-Unis, dans le Minnesota, en 1952.»

Enfin, le quotidien progressiste grec de gauche Ta Nea, relayé par Eurotopics, commente: «Papandréou ne doit pas répéter les erreurs de son prédécesseur, Costas Caramanlis. C’est très simple: il doit désormais apprendre de ces erreurs. Le mode de gouvernement de Caramanlis – le plus lamentable que le pays ait connu au cours des dernières décennies [en raison d’une série de scandales] – doit lui servir d’exemple de ce qu’il doit éviter de reproduire. Les citoyens attendent de lui qu’il apporte une nouvelle éthique dans la politique. Il est de son devoir de satisfaire ces attentes.»

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