Dans les salons dorés du palais présidentiel du Quirinal, les 23 membres du nouveau gouvernement dirigé par Giuliano Amato ont tour à tour, mercredi midi, prêté serment devant le chef de l'Etat Carlo Azeglio Ciampi. Chargé de la politique communautaire, le 24e ministre devra quant à lui revenir dans les prochains jours pour effectuer, en solitaire, cet exercice institutionnel. Pressenti pour ce fauteuil, l'écologiste Edo Ronchi a en effet déclaré forfait, deux heures seulement après sa désignation officielle, mardi soir, par Giuliano Amato au risque de ternir davantage l'image du nouveau cabinet. Ministre de l'Environnement sortant, Edo Ronchi a en effet refusé de changer d'affectation et s'est insurgé contre la décision de retirer l'environnement aux écologistes...

Pour Giuliano Amato, ce retrait inopiné ne constitue en réalité que le dernier des avatars qui ont présidé à la constitution de son gouvernement. Alors que le chef de l'Etat Carlo Azeglio Ciampi lui avait recommandé de former rapidement un «cabinet souple et léger», après la démission du gouvernement de Massimo D'Alema, Giuliano Amato a été contraint de passer sous les fourches Caudines des partis de la majorité de centre gauche. «Pour la formation de l'exécutif, j'ai tenu compte des équilibres parlementaires», a indiqué l'intéressé.

Reprenant l'ancien rituel des difficiles et délicates tractations avec le secrétariat des différents partis, Giuliano Amato a notamment dû renoncer à diminuer drastiquement le nombre des ministères. Tandis qu'il rêvait d'un cabinet restreint d'une quinzaine de portefeuilles, le nouveau président du Conseil, pour satisfaire tout le monde, devra composer avec 24 ministères soit seulement un de moins que le précédent gouvernement. «C'est un désastre. Ces partis sont un vrai désastre», aurait fait savoir Giuliano Amato. D'autant que les prétentions ministérielles des différentes formations lui ont, qui plus est, interdit tout bouleversement.

Plus qu'un changement de gouvernement, la nomination de Giuliano Amato apparaît, au bout du compte, comme un simple remaniement du gouvernement D'Alema, sans D'Alema. Autour de la table du Conseil des ministres siégeront en effet vingt sortants. Douze ministres, soit la moitié de l'équipe gouvernementale, restent à leur poste, notamment Lamberto Dini aux Affaires étrangères, Enzo Bianco à l'Intérieur, Giovanna Melandri aux Biens culturels et Cesare Salvi au Ministère du travail. Seuls deux techniciens font leur entrée au gouvernement: le linguiste Tullio De Mauro à l'Instruction publique et le cancérologue Umberto Veronesi à la Santé en remplacement de Luigi Berlinguer et Rosy Bindi, clairement écartés du pouvoir pour avoir, tous deux, lancé de vastes réformes fortement contestées.

Gouvernement «né vieux»

Dans ce contexte, l'opposition de centre droit conduite par Silvio Berlusconi, qui réclame depuis son succès aux régionales du 16 avril, a beau jeu de dénoncer «un gouvernement né vieux. Au lieu de faire son autocritique, la gauche a pensé se recomposer avec la colle du pouvoir». Même si Giuliano Amato va en réalité devoir faire également face à la grogne d'une partie des troupes de centre gauche. Les Républicains de Giorgio la Malfa, qui n'ont pas obtenu de portefeuille, devraient refuser de soutenir Giuliano Amato. Après la décision d'Edo Ronchi, certains Verts, qui contestent la manière dont leur dirigeant Grazia Francescato a conduit les négociations avec Giuliano Amato, menacent de sortir du gouvernement et de se contenter d'un soutien sans participation.

Plus radical, l'ancien juge vedette et sénateur Antonio Di Pietro a quant à lui annoncé qu'il votera contre le gouvernement: «Amato n'est pas un homme de centre gauche. Comme Berlusconi, Amato est l'héritier de Bettino Craxi. C'était un craxien de fer quand Craxi était au sommet, il s'est caché lorsque Craxi est tombé en disgrâce. Nommer Amato, cela signifie annuler presque dix ans d'histoire de Mains Propres.» Quant aux syndicats, ils attendent le discours du premier ministre devant le parlement pour se prononcer. Arithmétiquement, le nouveau président du Conseil disposerait encore d'une petite majorité pour obtenir l'investiture vendredi. Mais assailli par l'opposition, critiqué par une partie de la gauche et miné par les divisions internes de sa majorité, le gouvernement Amato risque d'être contraint de naviguer à vue en tentant de ménager les sensibilités des uns et des autres avec comme seul point de repère, les législatives du printemps prochain.