Italie

Giuseppe Conte, candidat à sa succession pour contrer Matteo Salvini

Le premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte a été chargé de former un nouveau gouvernement. Le Parti démocrate prend la place de la Ligue de Matteo Salvini aux côtés du Mouvement 5 étoiles pour éviter des élections anticipées

Giuseppe Conte, une nouvelle fois candidat au poste de premier ministre, cherche vendredi à renforcer une majorité autour d’une équipe inattendue, composée par deux formations jusqu’à présent ennemis jurés: le Mouvement 5 étoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD). Il doit rencontrer à la mi-journée leur groupe parlementaire ainsi que les dirigeants de la Ligue, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini à l’origine de cette crise politique, mais désormais relégué dans l’opposition après une année passée au pouvoir. Le président du Conseil des ministres démissionnaire est sorti du palais du Quirinale jeudi chargé par le président de la République, Sergio Mattarella, de former un nouveau gouvernement.

Lire aussi: Tout sauf Salvini: l'Italie renverse ses alliances

Cet exécutif ne naîtra pas «contre» l’ancien ministre de l’Intérieur, a sous-entendu jeudi l’avocat inconnu il y a encore un an, mais «pour le bien des citoyens». Le leader de la Ligue se pose en effet en victime d’un front commun monté contre lui. Le seul caractère «liant» de la nouvelle majorité est selon lui «la haine envers le premier parti italien», du moins d’après les derniers sondages d’opinion. Matteo Salvini a retiré mi-août la confiance à son propre gouvernement formé avec le M5S dans l’espoir de capitaliser sa popularité. Les sondages estivaux promettaient à son parti jusqu’à 38% d’intentions de vote.

La peur de voir Salvini prendre les «pleins pouvoirs»

Mais les deux réels premiers partis issus des élections législatives de mars 2018 ont préféré s’entendre plutôt que de voir Matteo Salvini prendre seul les «pleins pouvoirs». Ce dernier ne cesse d’invoquer des élections anticipées en utilisant des propos rappelant Benito Mussolini. Le secrétaire fédéral de la Ligue reste néanmoins plus populaire que les leaders du M5S et du PD. Dans un sondage réalisé entre le 26 et le 27 août dernier et publié par Il Corriere della Sera, il recueille 36% de votes favorables contre 28 pour le chef politique du mouvement étoilé, Luigi Di Maio, 23 pour le secrétaire démocrate, Nicola Zingaretti, et 16 seulement en faveur de l’ancien premier ministre Matteo Renzi, l’un des sponsors les plus engagés en faveur de l’entente avec la formation antisystème.

Lire également: En Italie, le Mouvement 5 étoiles et le Parti démocrate s’entendent pour former un nouveau gouvernement

Démocrates et 5 étoiles étaient réunis jeudi chacun de leur côté pour débattre d’un programme de gouvernement commun, avant leur rencontre le lendemain avec le candidat premier ministre. Si la coalition sera soumise au vote des militants 5 étoiles à une date encore inconnue, les négociations ont débuté il y a une semaine déjà sur la base de points programmatiques posés par les deux formations.

Des convergences d’apparence ont été trouvées sur des questions économiques et environnementales. Le PD préconise par exemple un «changement de cap des politiques sociales, dans une approche de redistribution» quand le M5S réclame un «salaire minimum». Ils veulent ensemble également éviter une augmentation automatique de la TVA en début d’année prochaine si une entente sur le budget 2020 n’est pas trouvée.

Lire encore: Matteo Salvini, le dragueur des plages populaires italiennes

L'une des priorités

Cette dernière question est d’ailleurs l’une des priorités établies par Giuseppe Conte, jeudi après sa rencontre avec Sergio Mattarella. Il compte sortir «le plus vite possible de cette phase délicate et de l’incertitude causée par la crise» dans le but de «travailler tout de suite au budget». Mais aussi de «récupérer ce temps perdu» pour permettre à l’Italie de retrouver sa crédibilité en Europe.

«L’appartenance loyale à l’Union européenne» est d’ailleurs l’une des cinq conditions posées par le PD lors des discussions avec le M5S.

L’Europe est mentionnée par le mouvement antisystème au chapitre migratoire. «Lutte contre le phénomène de l’immigration clandestine et du trafic d’êtres humains, avec des politiques ciblées de l’Union européenne dans les pays de départ et de transit», récite le septième point rédigé par le M5S. Bien que celui-ci ait soutenu la politique radicale de Matteo Salvini, son approche ne déplaît pas forcément au PD. «Il est juste de s’ouvrir, mais on ne peut être laissés seuls face à cette problématique», confie un sénateur démocrate. La question de savoir qui mènera la politique migratoire depuis le Ministère de l’intérieur (occupé aujourd’hui par le chef de la Ligue) devrait être abordée dans un deuxième temps.

Lire également: Giuseppe Conte, premier ministre antidote de Matteo Salvini

«Mettre les citoyens au centre»

«Le parcours de formation du nouveau gouvernement doit partir de la création d’un programme homogène, mettant au centre les citoyens et les problèmes qu’ils vivent chaque jour, avait averti mercredi Luigi Di Maio, le leader des 5 étoiles. Ensuite seulement nous pourrons décider qui sera appelé à réaliser les politiques convergentes.» Or ce sont justement ses prétentions qui auraient freiné plusieurs fois les négociations. En plus d’un ministère de poids, il compterait préserver son rôle de vice-premier ministre. Poste revendiqué par les démocrates, car ils considèrent Giuseppe Conte comme un 5 étoiles.

Lire enfin l'opinion: Matteo Salvini s’impose à tous

Ce dernier devra pourtant s’imposer face aux deux partis aux portes du pouvoir. En se posant en redoutable rival de Matteo Salvini depuis le début de la crise politique, il a démontré ses capacités de leader, cassant son image de simple exécutant d’un contrat rédigé en 2018 par le gouvernement déchu. Contrairement à l’année dernière, il devrait donc avoir le dernier mot, en concertation avec le président de la République, sur la formation du gouvernement.

Publicité