■ L’essentiel

La Chine et les Etats-Unis, premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, ont annoncé mercredi avoir signé un accord surprise. Ils promettent de mieux coordonner leurs efforts pour limiter l’élévation des températures globales à 1,5 degré.

Lire aussi: «Un accord surprise sur le climat entre la Chine et les Etats-Unis en marge de la COP26»

A Glasgow, les négociateurs de la COP26 (la Conférence des Etats parties à la Convention de l’ONU sur le climat) ont entamé la dernière ligne droite pour parvenir à un compromis d’ici la fin de la conférence vendredi. Mais les discussions pourraient jouer les prolongations.

La Suisse, représentée par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, a annoncé  la signature de deux nouveaux accords de compensation carbone avec des pays du Sud, avec le Vanuatu, dans le Pacifique, et l’autre avec Dominique, dans les Caraïbes. 

Lire aussi: «Dernière ligne droite à la COP26: voici ce qu’on peut encore en espérer»


■ Antonio Guterres appelle à un sursaut

«Les promesses sonnent creux quand l'industrie des énergies fossiles continue de recevoir des milliers de milliards de subventions (...) ou quand des pays continuent à construire des centrales à charbon», a lancé le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, reconnaissant malgré tout des «annonces encourageantes» depuis le début de la COP26 le 31 octobre.

Une vingtaine de pays se sont notamment engagés à mettre un terme d'ici fin 2022 au financement de projets d'énergies fossiles à l'étranger, une quarantaine de nations ont publié une déclaration de transition du charbon vers l'énergie propre, et jeudi, quelques pays ont lancé une coalition pour sortir du pétrole et du gaz. Des avancées saluées par de nombreuses ONG qui ont toutefois souligné l'absence de grands pays producteurs.

Cette question des énergies fossiles est un des points litigieux de la première version de la décision finale préparée par la présidence britannique de la COP26, qui encourage à «accélérer la sortie du charbon et des financements des énergies fossiles». Une mention des énergies fossiles à laquelle tiennent certaines parties, notamment l'UE, mais qui risque de ne pas être acceptable pour des pays producteurs.

Le reste de ce projet de texte ne fait pas l'unanimité, loin de là, et les négociateurs des quelque 200 pays ont encore du pain sur la planche jusqu'à vendredi 18h, voire au-delà. Il est déjà envisagé que les négociations durent au moins une partie de la nuit.

■ Une coalition pour sortir du pétrole et du gaz

Une douzaine de pays, ne comprenant aucun grand producteur, a lancé jeudi à la COP26 une coalition «Beyond oil and gas» (BOGA, au-delà du pétrole et du gaz), pour favoriser la transition hors de ces énergies fossiles. Le Danemark et le Costa Rica, coprésidents, ont présenté cette initiative visant «une sortie maîtrisée du pétrole et du gaz» à laquelle se sont joints 10 autres pays ou «entités sous-étatiques»: Californie, France, Groenland, Irlande, Italie, Nouvelle-Zélande, Pays de Galles, Portugal, Québec, Suède.

«L’ère des énergies fossiles doit se refermer, mais elle ne s’achèvera pas parce qu’il n’y a plus de pétrole sous terre, mais parce que les gouvernements décideront de faire ce qu’ils doivent: sortir de la production de pétrole et de gaz», a déclaré Dan Jorgensen, ministre danois pour le Climat, lors d’une conférence de presse. «Ce n’est qu’un point de départ, il n’y a peut-être pas beaucoup de pays», mais «il faut lancer cette thématique de la sortie de la production», a déclaré de son côté Andrea Meza, ministre de l’Environnement et de l’Energie du Costa Rica.

Les principaux membres (il existe également des membres «associés» ou «amis») s’engagent à mettre fin aux nouvelles concessions et à fixer à terme une date d’arrêt de la production de pétrole et de gaz conforme à l’accord de Paris. BOGA veut également offrir une assistance technique à d’autres pays pour assurer une «sortie juste et équitable» du pétrole et du gaz. Le ministre danois a ainsi indiqué que son pays s’engageait à «une échéance 2050 pour sortir de la production», alors que la ministre costaricienne a indiqué que son pays, qui n’est pas producteur s’engageait de son côté à rejeter les «nombreuses pressions» pour accorder des concessions ou permis d’exploration.

■ La Suisse compte sur Vanuatu et Dominique pour remplir ses objectifs climatiques

La Suisse pourra s’appuyer sur deux nouveaux accords pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre en finançant des projets à l’étranger. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga les a signés jeudi à Glasgow avec Vanuatu, dans le Pacifique, et la Dominique, dans les Caraïbes, près de 75 000 habitants.

Du côté du Vanuatu, le principal projet permettra de relier, grâce à une technologie suisse, des panneaux photovoltaïques entre eux. Il sera déployé au total sur les 60 îles habitées du Vanuatu, peuplées par environ 300 000 habitants. L’accord signé avec le ministre dominiquais de l’environnement Cozier Frederick va lui porter sur des bus électriques. Les détails seront affinés avec les propositions du secteur privé.

Devant la presse, la cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) a rappelé les règles de ces partenariats bilatéraux. Ceux-ci ne peuvent donner lieu à un double comptage des réductions des émissions. Ils doivent porter sur des efforts qui n’auraient pu être menés par le pays récipiendaire et constituent des investissements additionnels.

Lire aussi: «Pour atteindre son objectif climatique, la Suisse mise sur la compensation carbone à l’étranger»

La Suisse est considérée comme avant-gardiste dans l’application de l’article 6 de l’Accord de Paris qui permet de réduire une partie de ses émissions de gaz à effet de serre à l’étranger en finançant des projets auprès d’autres pays. Très observés parce que pionniers, ces arrangements sont sous le feu des critiques d’ONG, mais ils sont salués par certains Etats. La Suisse s’est engagée à réduire de 50%, d’ici à 2030, ses émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 40 ans auparavant. Au Parlement, les discussions actuelles portent sur une limitation à 25% du total des efforts qui pourraient être compensés à l’étranger.


■ Les Chine et les Etats-Unis mettent de côté leurs différends pour le climat

A couteaux tirés, les deux superpuissances américaine et chinoise ont surpris le monde entier, en dévoilant mercredi une «une déclaration conjointe de Glasgow». Cette initiative signe le retour de la Chine dans les négociations, le président Xi Jinping n’ayant pas fait le déplacement écossais contrairement à Joe Biden. Le président américain avait dénoncé cette absence.

Les deux pays, premiers émetteurs de gaz à effet de serre, conviennent en particulier de mieux collaborer pour réduire leurs émissions de méthane, un autre gaz à effet de serre encore plus nocif que le CO2. Ou de lutter contre la déforestation. Des engagements qui font écho à deux initiatives annoncées par une centaine d’Etats à Glasgow la semaine dernière.

Lire aussi: «A la COP26, on passe aux travaux pratiques»

Ce regain de collaboration entre Pékin et Washington, qui avait été cruciale pour aboutir à l’Accord de Paris en 2015, peut-il relancer la COP26, marquée par le manque d’ambitions des Etats, à seulement deux jours de la fin des négociations?

Les réactions sont partagées. La déclaration sino-américaine a été saluée par l’ONU et l’Union européenne. Les ONG sont plus circonspectes, déplorant l’absence d’engagements sur le charbon et des autres énergies fossiles. «Les Etats-Unis et la Chine estiment qu’il faudra vraiment agir durant cette décennies. Mais leur déclaration ne réclame pas que les émetteurs de gaz à effet de serre rehaussent chaque année leurs ambitions pour garder l’objectif du 1,5 degré, comme le réclament les pays les plus vulnérables au réchauffement», a tweeté la directrice de Greenpeace Jennifer Morgan.


■ La Suisse s’active sur le front des compensations carbone

A Glasgow depuis mardi, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga doit annoncer la signature de nouveaux accords de compensation avec des pays du Sud, selon l’ATS. La Suisse est pionnière dans ce domaine, avec quatre arrangements déjà sous toit avec le Pérou, le Sénégal, le Ghana et la Géorgie. Dans ces pays, Berne soutient des projets d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique. Les entreprises suisses sont aussi très intéressées par la compensation de leurs émissions à l’étranger. Au contraire, les organisations écologistes critiquent un moyen pour la Suisse de faire moins d’efforts à l’intérieur de ses frontières