Proche-Orient

«Le Golan restera toujours dans les mains d’Israël»

Le premier ministre Benyamin Netanyahou s’est exprimé lors d’un Conseil des ministres organisé pour la première fois sur le plateau stratégique annexé en 1981

C’est clair, c’est net, et c’est officiel: Israël ne restituera jamais à la Syrie la partie du plateau du Golan que Tshal (l’amée) a conquis durant la guerre des Six jours (juin 1967) et annexé en décembre 1981. S’exprimant à Maaleh Gamla, l’une des colonies créées depuis lors par son pays dans ce territoire occupé, Benyamin Netanyahou, qui présidait un conseil des ministres spécial organisé sur place, a lancé un message sans ambiguïté à la communauté internationale.

«Je veux que ce soit clair, a déclaré le premier ministre. Le Golan restera toujours dans les mains d’Israël et nous ne nous en retirons jamais.» Et de poursuivre: «Le Golan faisait partie d’Israël dans les temps bibliques comme en témoignent les dizaines de synagogues anciennes autour de nous. Aujourd’hui il fait partie de l’Israël des temps modernes.»

Le conseil des ministres spécial était en tout cas le premier à être organisé sur le Golan depuis 1967. Pourquoi maintenant? Parce que Benyamin Netanyahou rencontrera le président russe Vladimir Poutine dans quelques jours et que ce dernier ne ménage pas son soutien au président syrien Bachar el-Assad. Mais également parce que Washington et Moscou négocient les conditions d’un arrêt des combats en Syrie. Or, il se dit dans les milieux diplomatiques que le sort du Golan est évoqué dans ces discussions et les dirigeants israéliens ont tenu à prendre les devants.

Les stratèges de Jérusalem sont d’autant moins enclins à envisager la restitution de la partie annexée du Golan (1200 km², plus de deux fois la superficie du Léman) que le régime de Damas n’a plus rien à voir avec ce qu’il était il y a cinq ans à peine. Quant à son armée, elle est exangue. En tout cas, incapable d’entreprendre quoique ce soit contre l’Etat hébreu même si le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a répondu dimanche à Benyamin Netanyahou en proclamant que «toutes les options sont sur la table pour libérer le Golan occupé».

La détermination israélienne à garder le plateau annexé est d’autant plus forte que le Hezbollah, la branche locale d’Al-Qaida et l’Etat islamique (Daesh) se sont implantés sur la partie du plateau non conquise par Tsahal en 1967.

«Pour le moment, eux et des dizaines d’autres milices passent la plus grande partie de leur temps à se massacrer, ce qui est tout bénéfice pour nous. Pourtant, viendra un moment où l’une de ces organisations tentera quelque chose contre l’«entité sioniste» pour rehausser son prestige dans le monde musulman en faisant parler d’elle», estime le chroniqueur militaire Alon Ben David. Qui poursuit: «Depuis quelques années, le Hezbollah cherche d’ailleurs à établir des bases sur le Golan et sa cible est Israël. Il le proclame et nous le savons. Chacun se prépare».

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, l’armée israélienne a érigé une clôture de sécurité le long de la ligne de démarcation entre les deux pays et renforcé ses fortifications courant du Liban à la frontière jordanienne. En outre, les chasseurs bombardiers marqués de l’étoile de David mènent régulièrement des raids visant des convois de matériel sophistiqué envoyé par l’Iran au Hezbollah via Damas. Entre 2013 et 2015, plusieurs frappes ont également ciblé des cadres de l’organisation chiite accompagnés d’officiers supérieurs des Gardiens de la révolution iraniens.

Si la majorité des Israéliens n’a jamais mis les pieds dans les colonies de Cisjordanie, plus de 1,2 million d’entre eux se rendent chaque année sur le Golan. Parce qu’ils considèrent cette zone comme le «poumon vert» de leur pays, qu’elle est riche en eau, et que de nombreuses entreprises artisanales bio s’y sont développées.

Avant la guerre des Six jours, environ 120 000 Druzes vivaient sur le plateau, mais la plupart ont fui durant les combats ou ont été chassés. Aujourd’hui, 20 000 y habitent toujours dans et autour de cinq gros villages. Jusqu’en 2013-2014, la plupart d’entre eux soutenaient le régime de Damas et marquaient leur refus de l’occupation en refusant de prendre la nationalité israélienne. Cette tendance s’est cependant inversée lorsqu’ils ont compris que la Syrie qu’ils avaient connue n’existe plus.

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