Bébé au dos, matelas et valises en mains, enfants, jeunes et vieux, hommes et femmes fuyaient mercredi, depuis le début de la matinée, les affrontements entre les troupes rebelles de Laurent Nkunda (CNDP) et les forces armées gouvernementales (Fardc), dans les localités de Kibumba et Kibati, à une dizaine de kilomètres au nord de Goma. Ils sont très nombreux. Des sources humanitaires parlent de plus de 45000 déplacés.

Les troupes du chef tutsi congolais Laurent Nkunda ont pris tôt le matin le dessus sur la ligne de front. D'après l'état-major de la 8e région militaire, l'armée rwandaise appuierait le CNDP, en hommes et en logistique. Des informations confirmées par la population en fuite qui parle de tirs d'obus et de mortiers depuis le Rwanda.

Sur la route qui mène à l'aéroport international de Goma, des groupes de militaires de l'armée régulière sont visibles parmi la population en fuite. Ils disent s'être repliés devant l'avancée des combattants rebelles. Sur le terrain, la force onusienne est venue prêter main-forte aux Fardc. La Monuc est sortie de sa réserve en utilisant son hélicoptère de combat qui appuie depuis mardi l'armée régulière sur le terrain. Et un député provincial d'affirmer que «sans cette intervention, le CNDP aurait conquis la ville de Goma».

Terreur, pillages

Cela n'a toutefois pas suffi pour arrêter l'avancée vers Goma des hommes fidèles au chef rebelle Laurent Nkunda dont les troupes se trouvaient à moins de dix kilomètres au nord de l'aéroport de Goma, lieu stratégique pour le ravitaillement en hommes et en logistique des troupes gouvernementales. Les hôpitaux sont débordés; des centaines de blessés sont recensés parmi les militaires de l'armée régulière. Hier matin, déjà, plus aucune compagnie aérienne desservant régulièrement la ville de Goma n'avait pu atterrir. Certaines agences humanitaires, débordées par la situation, ont procédé à l'évacuation de leur personnel.

Dans la ville, la panique a gagné toute la population. Boutiques et magasins sont restés fermés depuis mardi matin. Presque tous les commerçants ont vidé leurs magasins: «Nous craignons que nos biens soient pillés par des militaires et des rebelles qui pourraient entrer dans la ville», a expliqué une commerçante, qui a préféré, comme bien d'autres, ramener ses marchandises à son domicile.

Dans les quartiers Mabanga et Katindo, sur la route qui va de Goma à Sake, des militaires sèment la terreur en pillant les passants. Des voitures sont dérobées, des téléphones volés dans les magasins, souvent détruits. Aucune autorité n'a diffusé le moindre message en ville. Certains officiels, craignant pour leur sécurité, ont trouvé refuge dans le quartier général de la Monuc à Goma.

Mardi après-midi, la rébellion a pris le contrôle de la ville de Rutshuru, à 75km au nord de Goma. Les troupes gouvernementales, elles, se seraient repliées à plus d'une centaine de kilomètres plus au nord, à Kanyabayonga, sur la route reliant Goma à Butembo, au nord du lac Edouard.

La population civile de Goma, qui s'était réfugiée dans les écoles et les églises, hésitait encore hier à retourner chez elle. Plus à l'ouest de la ville, dans le territoire de Masisi, l'armée régulière est partie en renfort dans la cité de Sake, craignant sa conquête par la rébellion qui se trouvait hier à quelques centaines de mètres de cette cité.

Hier en fin de journée, la situation devenait de plus en plus inquiétante: des militaires incontrôlés patrouillaient en ville, tirant de nombreux coups de fusil. La circulation était extrêmement réduite. Hormis ces mouvements de militaires, un calme absolu régnait dans Goma, transie de peur.