Au moment exact où les bureaux de vote fermaient, hier à 22h00, plusieurs journaux publiaient par avance leur Une de vendredi affichant une lettre du ministre britannique du Travail et des Retraites, James Purnell, annonçant non seulement sa démission mais appelant également Gordon Brown à faire de même.

Il s’agit de la cinquième démission d’un membre du gouvernement en trois jours, mais aucun d’eux n’avait jusqu’à présent appelé ouvertement au départ du Premier ministre. Ce dernier est «déçu» par cette nouvelle démission, selon un porte-parole, et il se concentre désormais sur «une restructuration du gouvernement».

Ces départs en série compliquent sérieusement la tâche de Gordon Brown qui, selon la presse, met la dernière main à un remaniement ministériel destiné à contrer la déroute électorale que lui prédisent les sondages aux Européennes et locales de jeudi.

Les Britanniques étaient appelés à élire 72 députés européens et 2318 représentants dans une trentaine de collectivités locales d’Angleterre, ainsi que trois maires. Ces élections, les premières depuis le retentissant scandale des notes de frais, représentent un dernier test avant des élections législatives attendues au plus tard en juin 2010.

Depuis près d’un mois, la presse égrène les abus de députés de tous bords, parfois également ministres, qui se sont fait rembourser boîtes d’allumettes, croquettes pour chien ou île pour canards aux frais du contribuable. Le scandale éclabousse l’ensemble de la classe politique mais c’est le parti travailliste (Labour) qui en a le plus pâti, allant jusqu’à faire naître une rébellion au sein même du parti.

Selon la presse, des députés travaillistes ont commencé à diffuser une pétition par courriel appelant au départ du Premier ministre. «Cher Gordon, vous avez apporté une contribution énorme… Cependant, nous pensons que dans la situation politique actuelle, vous serviriez mieux le parti travailliste et le pays en quittant votre poste de leader du parti et de Premier ministre», selon la pétition. La fronde viserait à réunir plus de 70 députés, soit le niveau suffisant pour déclencher l’élection d’un nouveau leader au sein du Labour.

Signe de la nervosité ambiante, des rumeurs de démission de Brown, rapidement démenties par Downing Street, ont fait décrocher jeudi la livre sterling sur le marché des changes de Londres. Mais le ministre au Commerce Peter Mandelson a rappelé les députés à l’ordre mercredi soir. «Personne n’est content et cela touche tous les partis. Ne faites rien, s’il vous plaît, qui puisse rendre les choses plus difficiles pour le parti travailliste», a-t-il déclaré à la BBC.

L’essentiel des résultats des élections locales sera divulgué vendredi après-midi. Ceux des Européennes devront attendre dimanche soir, afin de coïncider avec les résultats des autres pays européens. Un sondage YouGov, publié jeudi dans le Daily Telegraph, place le Labour dans une humiliante troisième position aux Européennes, avec 16% des voix seulement, derrière le petit parti Ukip (18%), qui demande que le Royaume-Uni quitte l’UE. L’opposition conservatrice sortirait grand vainqueur, avec 26%.

Face à cette débâcle annoncée, le chef des conservateurs David Cameron a une nouvelle fois appelé à des élections législatives. «La population britannique veut pouvoir rendre un jugement sur ses députés», a-t-il estimé. «On ne devrait jamais passer trop de temps à étudier les sondages», a quant à lui estimé le ministre des Affaires étrangères David Miliband.