Gordon Brown va rencontrer ce vendredi le dalaï-lama, mais tente d'en limiter la portée avec des contorsions diplomatiques. Le premier ministre britannique s'est arrangé pour que la réunion ne se déroule pas à Downing Street, mais à Lambeth Palace, la résidence officielle à Londres de l'archevêque de Canterbury.

L'excuse officielle est que le dalaï-lama est un leader religieux et qu'il est reçu en tant que tel par le leader de l'Eglise anglicane. Mais personne ne s'y trompe: Gordon Brown cherche à ménager la susceptibilité du gouvernement chinois. Le prétexte protocolaire est d'autant plus faible que Tony Blair et John Major ont autrefois tous les deux reçu le dalaï-lama à Downing Street. «Il est vital que le gouvernement britannique traite le dalaï-lama comme un représentant politique, pas comme un leader religieux», assène Matt Whitticase, de l'association Free Tibet Campaign.

Cette attaque comporte pourtant une partie d'injustice. Gordon Brown est le premier leader occidental à recevoir le dalaï-lama depuis les émeutes de mars. Lors de son séjour en Allemagne la semaine dernière, le leader tibétain n'a été reçu que par un secrétaire d'Etat. Certes, Angela Merkel, la chancelière, l'avait rencontré personnellement en septembre dernier, mais c'était avant les événements de ces dernières semaines. De même, le président George Bush ne l'a pas reçu lors de son passage en avril.

«Il y a des limites»

Jeudi, le dalaï-lama, qui s'exprimait devant la Commission parlementaire des affaires étrangères, a tenu à limiter la polémique. «Ce qui compte, c'est que nous nous rencontrions. L'emplacement n'est pas important.» Mais il critique quand même la Grande-Bretagne sur son attitude: «Non, elle n'en fait pas assez (ndlr: pour aider les Tibétains). Mais que peut-elle vraiment faire? Il y a des limites.»

Les Chinois mettent en effet la pression sur les gouvernements occidentaux. Hier, l'ambassadeur de Chine à Paris a estimé qu'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama, qui se rendra en France en août, est «inenvisageable».