En choisissant de ne pas apparaître à la cérémonie officielle de signature du traité de Lisbonne, sous prétexte qu'il avait rendez-vous avec la Chambre des communes, pour le parapher plus tard et en dehors du champ des photographes, Gordon Brown s'est livré à un exercice d'équilibrisme unanimement décrié. Pour William Hague, le ministre des Affaires étrangères du cabinet fantôme, cette gesticulation a causé «un embarras national. [...] Au lieu de leadership, nous avons de l'indécision, du manque de cran et des promesses électorales déçues. La Grande-Bretagne mérite mieux», fustige le représentant de l'opposition conservatrice.

Le caractère factice de ces incompatibilités d'emploi du temps de Gordon Brown n'a pas échappé à The Independant, qui évoque «une débâcle» et «un geste sans objet qui déplaît à tout le monde». En agissant ainsi, le premier ministre a tenu «à garder ses distances avec la majorité des pays de l'UE» et tenté de «rassurer les électeurs et les journaux eurosceptiques quant à son opposition à un approfondissement de l'intégration», ajoute le quotidien de centre gauche.

Rassuré, le très conservateur The Sun, qui se targue d'avoir récolté 28000 signatures d'opposants au nouveau traité, ne l'est pourtant pas. Car le traité, qui est «pratiquement le même que la Constitution néfaste qui a mordu la poussière il y a deux ans», a bel et bien été signé. Ce qui, entre autres conséquences déplorées par le tabloïd, se traduira par «un abandon du contrôle de la politique d'immigration». Gordon Brown doit s'attendre «à une âpre révolte à la Chambre des communes lorsqu'il tentera de faire passer en force le traité au parlement», avertit le quotidien, qui milite en faveur d'un référendum, option rejetée par le premier ministre.

Observateur mystérieux

Plus tempéré, dans un éditorial intitulé «l'ami absent», le Financial Times juge que «la semi-apparition du premier ministre dans la capitale portugaise est une bonne métaphore de l'attitude du gouvernement à l'égard de l'UE. C'est l'attitude d'un observateur, non d'un acteur à la table européenne. Un observateur [...] de plus en plus mystérieux aux yeux des amis de la Grande-Bretagne.»