Aucune évacuation organisée par les autorités birmanes en dépit des alertes indiennes sur l'imminence du cyclone, une aide internationale bloquée malgré l'ampleur de la catastrophe, la grogne populaire pourrait bien monter en Birmanie.

Certains prédisent déjà de nouvelles émeutes. Le point avec Jean-Luc Maurer, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève.

Le Temps: Pourrait-on imaginer que le cyclone, finalement, aboutisse à un changement de régime?

Jean-Luc Maurer: Il est difficile de faire de la politique-fiction. On a souvent pensé que les choses étaient arrivées à un tel point dans ce pays que le changement de régime devenait inévitable - ce fut encore le cas il y a quelques mois - et la junte est toujours au pouvoir. Le fait que l'Inde ait prévenu les autorités, qui n'ont rien fait pour évacuer la population, va fatalement se savoir, par le bouche-à-oreille. Tout cela démontre encore une fois l'incurie de ce gouvernement, son incompétence fondamentale et sa corruption. Ce sont les moines qui débarrassent actuellement les rues, l'armée n'est même pas capable de cela. Il est possible, dès lors, que tout ceci débouche sur une nouvelle mobilisation du clergé. La suite dépendra beaucoup de la façon dont l'aide internationale sera gérée.

- Pensez-vous que les autorités acceptent finalement la venue d'ONG étrangères?

- Le régime a donné son accord mais à ses conditions; c'est-à-dire, notamment, qu'il veut distribuer lui-même l'aide étrangère. C'est la seule manière pour les dirigeants de redorer leur blason, en «fournissant» eux-mêmes l'eau et les vivres apportés par l'extérieur. C'est une position dure, mais il faudrait que les ONG résistent à ce chantage, qu'elles n'entrent pas dans le jeu.

- Dans ce cas, pensez-vous que le régime maintiendra ses conditions, au risque de laisser des milliers de gens mourir de faim?

- Cela ne le gênerait sans doute pas. Les militaires ne sont pas à ça près et pourraient s'en servir contre la communauté internationale. La position de la Chine va peser; si elle apporte une aide massive, les Birmans pourront se passer sans problème du soutien occidental.

- Le référendum de samedi, censé permettre des élections multipartites en 2010, pourra-t-il être utilisé comme un moyen de pression par la population, bien qu'il ait été reporté dans les zones les plus touchées?

- Les Birmans pourront voter contre ou s'abstenir. Ils ont déjà démontré, par le passé, qu'ils pouvaient utiliser les urnes pour montrer leur mécontentement.