État Islamique

Le gouvernement britannique ne laissera pas impuni l’assassinat de David Haines

Le premier ministre britannique veut participer aux frappes aériennes contre l’Etat Islamique, mais son gouvernement et les parlementaires sont réticents

Londres vengera l’otage David Haines

Etat islamique Le premier ministre britannique ira-t-il jusqu’à des frappes aériennes en Irak

Spéculations et divergences au sein de la classe politique

En diffusant samedi soir une ­vidéo de la décapitation du travailleur humanitaire David Haines, l’Etat islamique (EI) semble vouloir provoquer le Royaume-Uni. La victime est Britannique. Le bourreau l’est lui aussi: l’homme masqué maniant le couteau est apparemment le même que dans les deux vidéos précédentes, parlant avec un accent de la banlieue londonienne caractéristique. Pire encore: la prochaine victime potentielle, montrée à la fin de la vidéo, est Alan Henning, un autre Britannique détenu en otage. Il y a très peu d’informations sur ce dernier, mais il s’agirait également d’un travailleur humanitaire, originaire de la région de Manchester.

Pour l’EI, l’utilisation d’otages britanniques dans sa politique de la terreur est en partie tactique. Comme tous les pays du G8, le Royaume-Uni s’est engagé à ne jamais payer de rançon. Mais contrairement à la plupart des autres, il a tenu cette promesse. De plus, il a choisi une stratégie du silence total: il ne parle jamais des otages et ne confirme pas leur existence. La presse britannique a accepté de jouer le jeu et de ne rien publier. Londres espère ainsi asphyxier l’EI, en le privant de toute publicité. Du point de vue du groupe terroriste, les Britanniques qu’il détient sont donc «inutiles». A défaut d’être une monnaie d’échange, ils sont devenus un outil de propagande avec cette décapitation filmée.

L’assassinat de David Haines provoque l’embarras de David Cameron. Dimanche, le premier ministre britannique a promis de prendre «toutes les mesures nécessaires pour faire face à cette menace et protéger notre pays». Il ajoute: «Garder la tête basse n’est pas une option qui nous protégera.» Et il promet de «repousser, démanteler et finalement détruire l’EI».

Mais il reste très flou sur l’action militaire qu’il entend prendre. Cela fait des semaines qu’il hésite. Jusqu’à présent, le leader britannique s’est refusé à participer aux frappes aériennes des Etats-Unis sur l’Irak. Il s’est contenté de parachutages humanitaires auprès des Yézidis, une minorité kurde, ainsi que d’une aide à la surveillance aérienne de la région, en envoyant sur place des avions Tornado et des hélicoptères. Il tergiverse maintenant pour rejoindre Barack Obama, qui a annoncé qu’il allait étendre les frappes à la Syrie. A défaut d’option militaire, le premier ministre britannique parle d’aider le gouvernement irakien et de mobiliser la coalition «la plus large possible» aux Nations unies conte l’EI.

David Cameron donne l’impression d’être à titre personnel convaincu de la nécessité d’une intervention militaire aérienne. Ses hésitations viennent d’un problème de politique intérieure: les députés, y compris sa propre base conservatrice, sont dans l’ensemble extrêmement réticents à toute intervention. Le traumatisme de la guerre en Irak et dans une moindre mesure de celle en Afghanistan, mais aussi le bilan mitigé de l’intervention en Libye semblent avoir poussé les élus britanniques à renoncer à tout interventionnisme.

Il y a tout juste un an, David Cameron en a fait l’amère expérience lors de sa défaite au parlement sur les frappes aériennes en Syrie. A l’époque, il s’agissait de toucher le régime de Bachar el-Assad, qui avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple.

Aujourd’hui encore, au sein même du gouvernement, les voix dissonantes se font entendre. Philip Hammond, le ministre des Affaires étrangères, a semblé exclure toute intervention en Syrie la semaine dernière lors d’un déplacement à Berlin. «Que les choses soient claires: la Grande-Bretagne ne prendra pas part à des frappes aériennes en Syrie. Nous avons déjà eu ce débat au parlement l’an dernier et nous n’allons pas revoir cette position.» Quelques heures plus tard, le gouvernement démentait, rappelant que rien n’était exclu.

D’autant que, depuis une dizaine de jours, David Cameron semblait préparer les esprits à un changement de tactique. Il a laissé entendre qu’un vote au parlement n’était pas nécessaire pour lancer des frappes, ce qui est vrai d’un point de vue constitutionnel. L’opinion publique semble elle-même évoluer: un sondage le 5 septembre indiquait que 48% des Britanniques soutiennent l’idée de frappes aériennes en Syrie, contre 37% trois jours plus tôt. Dans l’intervalle, un deuxième journaliste américain, Steven Sotloff, avait été exécuté. Il est probable que le meurtre de David Haines accentue encore cette tendance. Peut-être de quoi donner à David Cameron la marge de manœuvre politique nécessaire pour agir militairement.

«Garder la tête basse n’est pas une option qui nous protégera», a insisté David Cameron

Publicité